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      <title>Portraits</title>
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      <language>fr</language>
      <copyright>Copyright 2008</copyright>
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         <title>Patrick Thomas, le fils du Guépard</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Tout changer pour que rien ne change. D&eacute;cid&eacute;ment, l&rsquo;histoire est impr&eacute;visible. Premier g&eacute;rant non familial de la maison Herm&egrave;s, le dauphin de Jean-Louis Dumas sait que son succ&egrave;s repose sur l&rsquo;absence de comparaison. Abandonnant les bibles financi&egrave;res au profit d&rsquo;une &eacute;conomie po&eacute;tique, le nouveau capitaine choisit la rupture des personnalit&eacute;s dans la continuit&eacute; culturelle</em>.</p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe</strong>. Portrait d&rsquo;un Bourguignon rigoureux converti aux lois de la gestion onirique.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify">Le nouveau g&eacute;rant a &eacute;pous&eacute; sa marque. Sa terre est bleue comme une orange. A croire que Paul Eluard signe les slogans de la maison Herm&egrave;s. Orange, les petits sacs cartonn&eacute;s du faubourg Saint-Honor&eacute; le restent, encore et toujours. </p><p align="justify">L&rsquo;immuable semble inscrit dans la modernit&eacute;. Format&eacute; aux normes financi&egrave;res, le terrien aux origines jans&eacute;nistes n&rsquo;&eacute;tait pas programm&eacute; pour devenir le druide suppl&eacute;ant d&rsquo;un club familial &eacute;litiste. Pourtant, comme le prince Salina, Jean-Louis Dumas a compris le d&eacute;placement des forces dominantes. En choisissant une personnalit&eacute; aux antipodes de la sienne, il savait qu&rsquo;il minimisait l&rsquo;&eacute;chec des jeux de miroir. En parrainant un gestionnaire-d&eacute;veloppeur, il r&eacute;pondait, du m&ecirc;me coup, aux pressions de la globalisation. Attention, Patrick Thomas ne se d&eacute;finit pourtant pas par la n&eacute;gative. S&rsquo;il appara&icirc;t comme un esprit avant tout cart&eacute;sien dans une maison marqu&eacute;e par le talent artistique de son pr&eacute;d&eacute;cesseur, il a longtemps appris l&rsquo;irrationnel &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s. Les onze ann&eacute;es qu&rsquo;il a pass&eacute;es chez Herm&egrave;s ont permis une succession tout en douceur. Bien s&ucirc;r, &agrave; premi&egrave;re vue, il est la terre, l&rsquo;ordre et la brutalit&eacute; de la transparence l&agrave; o&ugrave; Jean-Louis Dumas impose le raffinement, le foisonnement, la rondeur et l&rsquo;incorporel. Mais les apparences sont parfois trompeuses.</p><p align="justify"><strong>Frustrations motrices</strong></p><p align="justify">Nuits-Saint-Georges. Ses origines sont &agrave; elles seules un fantasme. Celui des amateurs de vins mais certainement pas le sien. Parfois, on na&icirc;t au mauvais endroit. Il r&ecirc;vait de culture, d&rsquo;ouverture au monde, d&rsquo;int&eacute;gration &eacute;clair dans l&rsquo;&eacute;chelle c&eacute;r&eacute;brale et professionnelle. Alors il a souffert, le gar&ccedil;on. Plaie du provincial, f&ecirc;lure d&rsquo;un esprit libre, amoureux des plaisirs de la vie, enferm&eacute; dans un univers qu&rsquo;il juge trop strict. &laquo; J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; dans un catholicisme jans&eacute;niste dans lequel les droits, les joies et les plaisirs &eacute;taient interdits. &raquo; Pourtant, sa sp&eacute;cificit&eacute; vient en partie de son enfance d&eacute;cal&eacute;e. Une ma&icirc;tresse d&rsquo;&eacute;cole &laquo; priv&eacute;e &raquo; jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de huit ans, un noyau familial tourn&eacute; vers le monde des affaires, une &eacute;ducation empreinte de rigueur&hellip; Rat&eacute;. Les entreprises familiales ne l&rsquo;ont jamais tent&eacute;. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, les vins et le domaine agricole. De l&rsquo;autre, une petite soci&eacute;t&eacute; de jus de fruits fond&eacute;e par son grand-p&egrave;re, relanc&eacute;e par son p&egrave;re et son oncle pour donner naissance &agrave; la marque Pampryl. Aujourd&rsquo;hui mari&eacute; &agrave; une agricultrice, son rapport &agrave; la terre s&rsquo;exprime dans sa vie personnelle. Il s&rsquo;imaginait m&eacute;decin de campagne, se projetait dans la litt&eacute;rature et la philosophie. Il s&rsquo;est orient&eacute; vers le commerce, plus format&eacute; par les d&eacute;sirs familiaux que r&eacute;volt&eacute; dans l&rsquo;affirmation de ses choix : &laquo; Enfant, j&rsquo;&eacute;tais docile. Je ne me suis jamais rebell&eacute;.</p><p align="justify">&nbsp;J&rsquo;ai toujours v&eacute;cu les contraintes comme un &eacute;dredon. &raquo; Bien. Peu &agrave; peu, la personnalit&eacute; va op&eacute;rer sa mue. Volontaire, obsessionnel, il ne laisse pas les portes se fermer sans avoir insist&eacute;. L&rsquo;orgueil bris&eacute; par son &eacute;chec &agrave; HEC, il d&eacute;cide de compenser ses ann&eacute;es d&rsquo;ESCP en int&eacute;grant le repaire de la finance de l&rsquo;&eacute;poque, la multinationale ITT. L&rsquo;entreprise ne recrute pas. Peu importe. Il entre par la fen&ecirc;tre en convainquant le directeur financier du bien-fond&eacute; de sa candidature. Ses deux ann&eacute;es d&rsquo;apprentissage lui serviront de troisi&egrave;me cycle&hellip; Profond&eacute;ment ennuyeux.</p><p align="justify">R&eacute;solu &agrave; apprendre en s&rsquo;amusant, il contacte le groupe Pernod qui vient de racheter Pampryl, l&rsquo;affaire familiale. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il fait ses armes. Stage ouvrier, contr&ocirc;le de gestion, direction administrative&hellip; Quelques ann&eacute;es plus tard, Patrick Ricard lui confie les finances du groupe. Il a 33 ans. Il sait qu&rsquo;il apprend le d&eacute;veloppement et le marketing de masse. Il ne se doute pas que son chemin le conduira vers un temple oppos&eacute;.</p><p align="justify"><strong>Esprit converti</strong></p><p align="justify">Au fond, il s&rsquo;est d&eacute;couvert sur le tard. Parce qu&rsquo;il nourrissait des frustrations, il est pass&eacute; d&rsquo;un univers &agrave; l&rsquo;autre, sans savoir exactement ce qu&rsquo;il cherchait. En 1988, lorsque Jean-Louis Dumas l&rsquo;a contact&eacute;, il a compris que son chemin de boh&egrave;me prenait fin. Ni par asservissement ni, d&rsquo;ailleurs, par attachement excessif, mais simplement parce que l&rsquo;homme lui a apport&eacute; ce qui lui manquait. &laquo; J&rsquo;ai une relation filiale avec Jean-Louis Dumas. Jusqu&rsquo;&agrave; sa rencontre, tout mon parcours &eacute;tait fond&eacute; sur l&rsquo;esprit rationnel et cart&eacute;sien. Chez Herm&egrave;s, j&rsquo;ai d&eacute;couvert que l&rsquo;&eacute;conomique pouvait reposer sur un projet po&eacute;tique. Il m&rsquo;a ouvert une nouvelle dimension. &raquo; Alors qu&rsquo;il dirige Pernod Ricard en Grande-Bretagne, le mythique patron d&rsquo;Herm&egrave;s l&rsquo;invite &agrave; d&eacute;jeuner &agrave; Londres. Les deux hommes ne se connaissent pas. Ils passent sept heures ensemble. Jean-Louis Dumas monopolise la parole durant plus de six heures.</p><p align="justify">A la fin de l&rsquo;entretien, presque unilat&eacute;ral, il conclut : &laquo; Vous &ecirc;tes l&rsquo;homme qu&rsquo;il me faut. &raquo; Intuitif ou renseign&eacute;, on ne saura jamais. Les deux personnalit&eacute;s se compl&egrave;tent parfaitement. La premi&egrave;re mission de Patrick Thomas consiste &agrave; r&eacute;organiser la soci&eacute;t&eacute; aux c&ocirc;t&eacute;s de son dirigeant. Il devient un &laquo; super-intendant &raquo;, charg&eacute; &agrave; la fois de d&eacute;velopper, de hi&eacute;rarchiser et de g&eacute;rer la maison. L&agrave;, il s&rsquo;impr&egrave;gne de l&rsquo;esprit Dumas. A tel point qu&rsquo;il parle aujourd&rsquo;hui d&rsquo;Herm&egrave;s dans les m&ecirc;mes termes que son pr&eacute;d&eacute;cesseur. &laquo; Les deux c&ocirc;t&eacute;s du cerveau de Jean-Louis Dumas fonctionnent avec un &eacute;quilibre total. Il est &agrave; la fois po&egrave;te et &eacute;picier. Il peut parler de la strat&eacute;gie du m&eacute;tier de la soie et dessiner un porte-clefs dans le m&ecirc;me temps. &raquo; Huit ans plus tard, le dauphin repart, consid&eacute;rant qu&rsquo;il a rempli son r&ocirc;le.</p><p align="justify">Un d&eacute;tour par la pr&eacute;sidence de Lancaster, puis par le groupe William Grant plus tard, il revient. Car sa personnalit&eacute; a trouv&eacute; un accomplissement. Cet &eacute;panouissement passe m&ecirc;me par le rapprochement fondamental de ce catholique de souche des convictions des familles du groupe Herm&egrave;s : &laquo; Je me sens plus proche des valeurs protestantes car elles donnent davantage de place au respect et &agrave; la tol&eacute;rance. &raquo;</p><p align="justify"><strong>Po&eacute;sie &eacute;conomique</strong></p><p align="justify">6 500 personnes, 247 millions d&rsquo;euros de b&eacute;n&eacute;fice, un milliard et demi de chiffre d&rsquo;affaires, une croissance de 7,5 % cette ann&eacute;e&hellip; En d&eacute;pit des aspects naturellement &eacute;conomiques du groupe, Patrick Thomas a fait sien le discours onirique de Jean-Louis Dumas. &laquo; Bien que connaissant les contraintes &eacute;conomiques, Herm&egrave;s est au-dessus de l&rsquo;&eacute;conomie. Elle n&rsquo;est pas &agrave; la recherche de la taille. La croissance n&rsquo;est que la r&eacute;compense du travail effectu&eacute; dans la qualit&eacute; des m&eacute;tiers et l&rsquo;excellence des produits. &raquo; Chez Herm&egrave;s, la force de l&rsquo;objet fonde la force du projet d&rsquo;entreprise. </p><p align="justify">Pour Patrick Thomas, la difficult&eacute; consiste donc &agrave; p&eacute;renniser la culture de l&rsquo;entreprise alors qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; aux manettes du p&ocirc;le artistique. Joueur d&rsquo;&eacute;quipe, chef d&rsquo;orchestre convivial, il a r&eacute;organis&eacute; le management autour de &laquo; mini chefs d&rsquo;entreprise &raquo; par activit&eacute; (maroquinerie, mode, soie, montres, parfums, art de vivre, bijouterie). Le comit&eacute; ex&eacute;cutif de six personnes assure l&rsquo;harmonisation strat&eacute;gique de l&rsquo;ensemble. Parmi elles, trois seulement sont issues de la lign&eacute;e familiale. Le fait de ne pas appara&icirc;tre comme un h&eacute;ritier de sang ne semble pas inqui&eacute;ter le nouveau g&eacute;rant, qui n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; reconna&icirc;tre ses failles manag&eacute;riales, pour rejoindre l&rsquo;univers &eacute;motionnel de la maison qu&rsquo;il incarne : &laquo; Je suis un ex&eacute;crable recruteur, parce que trop sentimental. D&egrave;s qu&rsquo;une personne m&rsquo;est sympathique, j&rsquo;ai envie de l&rsquo;embaucher&hellip; Le bonheur fait partie de la charte et de la strat&eacute;gie d&rsquo;Herm&egrave;s. La s&eacute;duction d&rsquo;une entreprise commence en interne. &raquo;</p><p align="justify">Pourtant, si Herm&egrave;s a toujours trouv&eacute; le bon &eacute;quilibre entre les membres de la famille et l&rsquo;ext&eacute;rieur, la soci&eacute;t&eacute; commandit&eacute;e, actuellement pr&eacute;sid&eacute;e par Jean-Louis Dumas, est r&eacute;serv&eacute;e aux descendants d&rsquo;Emile Herm&egrave;s. Elle reste ma&icirc;tresse de la nomination des g&eacute;rants. Pour l&rsquo;heure, l&rsquo;actuel dirigeant para&icirc;t davantage pr&eacute;occup&eacute; par le d&eacute;veloppement du groupe en Chine et en Inde que par les difficult&eacute;s internes. Sans h&eacute;siter, il affirme les transmissions : &laquo; Ma mission consiste &agrave; prolonger l&rsquo;&oelig;uvre de Jean-Louis Dumas. Je n&rsquo;ai pas les m&ecirc;mes talents que lui, mais celui que l&rsquo;on attend de moi s&rsquo;apparente au cuisinier r&eacute;unissant les bons ingr&eacute;dients pour que la mayonnaise soit excellente. Herm&egrave;s doit &ecirc;tre le m&ecirc;me dans dix ans, c&rsquo;est-&agrave;-dire conserver la v&eacute;ritable magie de l&rsquo;objet, qui fait sa diff&eacute;rence. &raquo; L&rsquo;apprenti po&egrave;te ma&icirc;trise d&eacute;j&agrave; la modestie.</p><p align="justify"><br /><strong>Signes :<br /></strong><br /><strong>.Mon panth&eacute;on</strong><br />S&eacute;n&egrave;que, Den Xiao Ping, Stefan Zweig.<br /><strong>.Mes lieux</strong><br />La nature, le lac d&rsquo;Annecy, l&rsquo;Auvergne.<br /><strong>.Ma chronique</strong><br />1956 : l&rsquo;invasion de la Hongrie par les Russes.<br />1989 : la chute du Mur de Berlin, l&rsquo;entr&eacute;e chez Herm&egrave;s.<br /><strong>.Ma situation familiale</strong><br />Mari&eacute;, deux enfants.<br /><strong>.Mon &eacute;pitaphe<br /></strong><em>&laquo; Si tu veux conna&icirc;tre l&rsquo;infini, parcours le fini en tous sens.&raquo;</em> Goethe.<br /><strong>.Mon astre<br /></strong>G&eacute;meaux, 16 juin 1947.</p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 21 Jun 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Yves Repiquet, les promesses de l’aube</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Trop bonne &eacute;ducation. Son excessive courtoisie lisse les asp&eacute;rit&eacute;s d&rsquo;une sensibilit&eacute; exacerb&eacute;e. Trop grande diplomatie. Son apparente r&eacute;serve masque la fermet&eacute; d&rsquo;un coureur de fond d&eacute;termin&eacute; &agrave; poursuivre ses ambitions. Trop s&eacute;rieux pour &ecirc;tre vrai. Derri&egrave;re l&rsquo;outsider devenu b&acirc;tonnier de Paris se cache un passionn&eacute; non-conformiste.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un avocat &eacute;pris de politique devenu le repr&eacute;sentant d&rsquo;une confr&eacute;rie en passe de crise institutionnelle.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify">D&rsquo;un ennui mortel. A premi&egrave;re vue seulement. Politiquement correct. Format&eacute; aux conventions r&eacute;publicaines. Modeste, humble, pointilleux, rationnel. Rien &agrave; dire. Trop facile. Surprise du chef. Presque discr&egrave;tement, il lance : &laquo; Je pleure au cin&eacute;ma &raquo;, &laquo; Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;h&eacute;ritier au gaullisme &raquo; ou &laquo; Je suis un amoureux de Romain Gary &raquo;. Voil&agrave; qui devient plus int&eacute;ressant.</p><p align="justify">L&rsquo;homme est un accrocheur. Il sait o&ugrave; il veut aller. Les com&eacute;dies humaines, il conna&icirc;t. Il distille une drogue attachante. Celle de la sp&eacute;cificit&eacute; des temp&eacute;raments. Celle de l&rsquo;unicit&eacute; des individualit&eacute;s. En demi-teinte. La sienne est presque cach&eacute;e. Alors, non. Il n&rsquo;est pas le masque d&rsquo;argile lisse et emprunt&eacute; que certains voulaient bien laisser croire, apr&egrave;s son &eacute;lection, en 2004.</p><p align="justify">Non, il n&rsquo;est pas non plus l&rsquo;opportuniste aux revers de chemise propres &agrave; servir &agrave; tout prix ses int&eacute;r&ecirc;ts. Ambitieux, r&eacute;solument. Arriviste, peut-&ecirc;tre moins. Sa finesse politique d&eacute;clenche la m&eacute;fiance. Elle lui a permis de briguer un mandat l&agrave; o&ugrave; on ne l&rsquo;attendait pas. Elu jusqu&rsquo;en d&eacute;cembre 2007, il tente d&eacute;sormais de rassembler une profession autour d&rsquo;une institution frapp&eacute;e de mal d&eacute;mocratique.</p><p align="justify">Contest&eacute;, concurrenc&eacute;, parfois &eacute;loign&eacute; des avocats qu&rsquo;il repr&eacute;sente, le conseil de l&rsquo;Ordre porte l&rsquo;empreinte des multiples probl&eacute;matiques d&rsquo;un barreau &agrave; plusieurs niveaux. Rapprocher l&rsquo;ordre des avocats, les d&eacute;fendre quelles que soient leurs diff&eacute;rences d&rsquo;activit&eacute;s ou leurs &eacute;carts &eacute;conomiques, r&eacute;affirmer l&rsquo;autorit&eacute; du Barreau de Paris face aux autres institutions et aux pouvoirs publics, r&eacute;tablir les relations entre les juges et l&rsquo;Ordre&hellip; Au moment de la remise du rapport de la commission d&rsquo;enqu&ecirc;te parlementaire sur l&rsquo;affaire d&rsquo;Outreau au garde des Sceaux, le b&acirc;tonnier de Paris affiche ses objectifs. Et sa force diplomatique.</p><p align="justify"><strong>Les racines du ciel</strong></p><p align="justify">La politique, il ne souhaite pas en parler. Son mandat actuel pourrait s&rsquo;opposer &agrave; d&rsquo;&eacute;ventuelles prises de position. Pourtant, s&rsquo;il devait y avoir un fil d&rsquo;h&eacute;ritage dans son parcours, ce serait bien celui-ci. N&eacute; &agrave; la R&eacute;union, son histoire porte haut l&rsquo;embl&egrave;me familial. Son p&egrave;re, s&eacute;nateur, fils d&rsquo;un aventurier gouverneur des colonies. Sa m&egrave;re, issue d&rsquo;une lign&eacute;e implant&eacute;e sur l&rsquo;&icirc;le depuis le peuplement, fille d&rsquo;un industriel sucrier devenu pr&eacute;sident du conseil g&eacute;n&eacute;ral.</p><p align="justify">Une enfance r&eacute;unionnaise jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de cinq ans, puis, tr&egrave;s vite, les grandes institutions r&eacute;publicaines m&eacute;tropolitaines. Il ne cache pas avoir &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; sous les hochets des valeurs gaullistes. Il ne masque pas non plus la forte ascendance paternelle sur ce qu&rsquo;il est, encore aujourd&rsquo;hui. &laquo; L&rsquo;&eacute;quilibre, l&rsquo;ind&eacute;pendance et la tol&eacute;rance constituent mes valeurs essentielles. Mon p&egrave;re m&rsquo;a tout enseign&eacute;. C&rsquo;est extraordinaire l&rsquo;influence qu&rsquo;il a pu avoir sur moi, sans que je m&rsquo;en aper&ccedil;oive. &raquo; Bien.</p><p align="justify">Au fond, il est l&rsquo;homme des valeurs avant d&rsquo;&ecirc;tre celui des structures, des hommes ou des id&eacute;es. &laquo; J&rsquo;aime l&rsquo;authenticit&eacute;. Elle traverse les clivages politiques. &raquo; Il ne se prononcera pas davantage. Dans sa vie, pourtant, un passage politique de onze ans, entre 1978 et 1989, aux c&ocirc;t&eacute;s de Pierre Bas, dont il fut le suppl&eacute;ant aux l&eacute;gislatives puis l&rsquo;adjoint au maire, dans le sixi&egrave;me arrondissement parisien. Pourquoi donc le choix de ce mentor ?</p><p align="justify">Hasard et convictions, r&eacute;pond le b&acirc;tonnier. L&rsquo;homme politique connaissait son p&egrave;re ainsi que l&rsquo;un de ses clients de l&rsquo;&eacute;poque, il fut un ardent d&eacute;fenseur de l&rsquo;abolition de la peine de mort. De son exp&eacute;rience politique, Yves Repiquet a tir&eacute; des le&ccedil;ons de vie. Une l&eacute;g&egrave;re frustration, aussi, li&eacute;e &agrave; la distance du centre d&eacute;cisionnel. Un v&eacute;ritable apprentissage de la conqu&ecirc;te du pouvoir, enfin. Il sait faire campagne. Il conna&icirc;t le fonctionnement du microcosme des &eacute;lus, les jeux strat&eacute;giques et f&eacute;d&eacute;rateurs.</p><p align="justify"><strong>Les couleurs du jour</strong></p><p align="justify">Ce m&eacute;tier, il l&rsquo;a vraiment voulu. Choisi. Rep&eacute;r&eacute;. Son p&egrave;re lui avait transmis une volont&eacute; d&rsquo;ind&eacute;pendance, d&rsquo;abord et avant tout. Dans cette voie, son fr&egrave;re a&icirc;n&eacute; l&rsquo;a pr&eacute;c&eacute;d&eacute;. Il a rapidement compris qu&rsquo;elle serait &eacute;galement la sienne. Son exp&eacute;rience au sein du cabinet de Paul Arrighi scelle le destin du jeune collaborateur, un brin artiste, ind&eacute;niablement affectif. Il fait une rencontre de premier ordre. Mis dans la confidence de la double identit&eacute; de Romain Gary-Emile Ajar, son respect du secret professionnel sera ensuite reconnu par l&rsquo;auteur lui-m&ecirc;me. Six ans plus tard, l&rsquo;&eacute;crivain suicid&eacute; remercie exhaustivement ceux qui ont su garder le silence. Le jeune Yves Repiquet fait partie de la liste. Il ne l&rsquo;oubliera jamais. Depuis, il nourrit une v&eacute;ritable fascination pour l&rsquo;&eacute;crivain. Il a donn&eacute; plusieurs conf&eacute;rences &agrave; son sujet. Voil&agrave; donc la partie incorporelle de l&rsquo;iceberg. De l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute;, il y a le rationnel. L&rsquo;exigence, la volont&eacute;, l&rsquo;ambition. Sp&eacute;cialis&eacute; en droit p&eacute;nal des affaires et en droit bancaire, le b&acirc;tonnier a longtemps exerc&eacute; le m&eacute;tier comme un artisan. Un petit cabinet, lanc&eacute; aux c&ocirc;t&eacute;s de son fr&egrave;re en 1976, auquel collaborent trois confr&egrave;res.</p><p align="justify">Elu au Conseil de l&rsquo;ordre en 1994, il d&eacute;cide rapidement d&rsquo;embrasser une carri&egrave;re plus corporatiste. S&rsquo;il n&rsquo;a jamais eu d&rsquo;activit&eacute; syndicale, s&rsquo;il refuse les murailles d&rsquo;une confr&eacute;rie trop communautariste, il veut se trouver &agrave; l&rsquo;emplacement du pouvoir. Certainement marqu&eacute; par le souvenir frustrant de son deuxi&egrave;me r&ocirc;le politique, il est d&eacute;termin&eacute; &agrave; participer aux d&eacute;cisions. En 2001, il se pr&eacute;sente aux &eacute;lections du b&acirc;tonnat de Paris. Arriv&eacute; en troisi&egrave;me position, il recommence, trois ans plus tard. Son &eacute;lection fait la surprise g&eacute;n&eacute;rale. Elle a m&ecirc;me &eacute;t&eacute;, un temps, contest&eacute;e. Loin d&rsquo;&ecirc;tre le favori, il a su b&acirc;tir sa campagne et traiter les avocats comme un &eacute;lu politique le ferait avec les f&eacute;d&eacute;rations. Le secret professionnel, la d&eacute;ontologie, le rapprochement de l&rsquo;Ordre et des avocats deviennent ses points d&rsquo;ancrage. La communication de proximit&eacute;, son expression diff&eacute;rentielle. Durant la campagne, il organise des &laquo; caf&eacute;s-discussions &raquo; dans chaque arrondissement.</p><p align="justify">Depuis, les petits d&eacute;jeuners de rencontres se poursuivent et un site Internet diffuse un six minutes d&rsquo;information mensuel aupr&egrave;s des avocats. &laquo; Je veux d&eacute;velopper le lien entre l&rsquo;Ordre et les avocats. Plus l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;Ordre sera grande, plus l&rsquo;Ordre sera fort. &raquo; Autre cheval de bataille, la place des avocats dans la soci&eacute;t&eacute; et la volont&eacute; de repr&eacute;senter tous les avocats &ndash; qu&rsquo;ils conseillent ou d&eacute;fendent &ndash;, passant par exemple par la cr&eacute;ation d&rsquo;un observatoire de la profession : &laquo; La directive &ldquo;Blanchiment&rdquo; pr&eacute;voyait de proc&eacute;der &agrave; un examen sp&eacute;cifique de la situation des avocats en Europe. Ce qu&rsquo;aurait d&ucirc; faire la Commission, moi je vais le faire afin de prouver que les avocats fran&ccedil;ais ne sont pas utilisables aux fins de blanchiment. &raquo; Yves Repiquet veut &ecirc;tre le b&acirc;tonnier de la r&eacute;forme sans rupture. Cela n&rsquo;est pas sans rappeler le th&egrave;me de certains hommes politiques&hellip;</p><p align="justify"><strong>Gros c&acirc;lin</strong></p><p align="justify">&laquo; &Ecirc;tre b&acirc;tonnier, c&rsquo;est la cr&egrave;me. C&rsquo;est une vraie chance. &raquo; Pourtant, le Barreau de Paris n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;il &eacute;tait. Bien s&ucirc;r, le b&acirc;tonnier repr&eacute;sente pr&egrave;s de 19 000 avocats aupr&egrave;s des autorit&eacute;s judiciaires, administratives et des pouvoirs publics. Garant de la d&eacute;ontologie professionnelle, il est &eacute;galement charg&eacute; de trancher les conflits entre avocats, avec les magistrats ou les clients. Mais son autorit&eacute; se trouve chaque jour davantage grignot&eacute;e par la Conf&eacute;rence des b&acirc;tonniers et, surtout, par le d&eacute;sormais tout-puissant Conseil national des barreaux. Quoi qu&rsquo;il en soit, Yves Repiquet semble r&eacute;solu &agrave; pr&eacute;server son pr&eacute; carr&eacute;. Sa ferme courtoisie lui permet de vivre sereinement un poste difficile. Son rattachement controvers&eacute; au cabinet Brandford-Griffith participe &eacute;galement &agrave; sa tranquillit&eacute; professionnelle dans l&rsquo;exercice de son m&eacute;tier d&rsquo;avocat&hellip; Car le b&acirc;tonnat accapare son temps. &laquo; Un bon avocat est ind&eacute;pendant, comp&eacute;tent et combatif.</p><p align="justify">Il parvient &agrave; maintenir la distance face &agrave; ses tentations. Pour moi, la d&eacute;ontologie consiste &agrave; savoir dire non. &raquo; Sa distance et son humour semblent le sauver des eaux troubles qui l&rsquo;entourent. Finalement, son &eacute;ducation est trompeuse. Derri&egrave;re l&rsquo;apparence polic&eacute;e se cache un &ecirc;tre inquiet, &eacute;cartel&eacute; entre les conventions n&eacute;cessaires au service d&rsquo;une ambition et l&rsquo;attirance fantaisiste d&rsquo;une vie plus l&eacute;g&egrave;re. Preuve en est son premier succ&egrave;s.</p><p align="justify">Pas au b&acirc;tonnat, mais sur la sc&egrave;ne de l&rsquo;Olympia, en 1976, o&ugrave; le membre de l&rsquo;Union des jeunes avocats imitait le pr&eacute;sident Val&eacute;ry Giscard d&rsquo;Estaing, en premi&egrave;re partie d&rsquo;un r&eacute;cital de Julien Clerc. Tout cela, il ne l&rsquo;a pas oubli&eacute;. Il a d&rsquo;ailleurs r&eacute;it&eacute;r&eacute; son num&eacute;ro lors de la revue des revues, en 1993. Un peu g&ecirc;n&eacute;, il justifie : &laquo; Le plaisir de l&rsquo;imitation s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute; chez moi d&egrave;s l&rsquo;enfance&hellip; Je cours apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;quilibre. Cela s&rsquo;entretient. C&rsquo;est un combat de chaque seconde. &raquo; Confierait-il, &agrave; son tour, le secret d&rsquo;une deuxi&egrave;me identit&eacute; ? </p><p align="justify"><strong>Signes</strong></p><p align="justify"><strong>. Mon panth&eacute;on</strong><br />Honor&eacute; de Balzac, Pierre Bas, Guy Danet, Ren&eacute; Descartes, Charles de Gaulle, Victor Hugo, Guy de Maupassant.<br /><strong>. Mes dates</strong><br />- 18 juin 1940 : l&rsquo;appel du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle<br />- 16 octobre 1978 : l&rsquo;&eacute;lection du Pape Jean-Paul II.<br />- 9 novembre 1989 : la chute du Mur de Berlin.<br /><strong>. Ma situation familiale</strong><br />Mari&eacute;, deux enfants.<br /><strong>. Mon &eacute;pitaphe</strong><br />&laquo; Il a servi la d&eacute;fense dans la passion de l&rsquo;ind&eacute;pendance et le respect de l&rsquo;autre. &raquo;<br /><strong>. Mon indemnit&eacute; de b&acirc;tonnier</strong><br />140 000 euros TTC.<br /><strong>. Mon astre<br /></strong>Sagittaire, 17 d&eacute;cembre 1949.</p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 14 Jun 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Philippe Villin, l’ombre du papillon</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Ses battements d&rsquo;ailes poursuivent le raffinement, la culture et l&rsquo;esth&eacute;tisme. Ses intuitions f&eacute;d&egrave;rent l&rsquo;esprit incorporel du monde de la finance. Son c&oelig;ur bat au rythme d&rsquo;une recherche identitaire, professionnelle et&nbsp;personnelle. <br />Lobbyiste et psychologue des &eacute;lites, le banquier d&rsquo;affaires du Tout-Paris a transform&eacute; sa complexit&eacute; en valeur ajout&eacute;e.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un &eacute;claireur insolent que le temps a liss&eacute; sans l&rsquo;isoler.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff<br /></strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1348_VILLIN_Philippe.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1348_VILLIN_Philippe.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Sa vie rel&egrave;ve d&rsquo;un autre si&egrave;cle. Celui o&ugrave; les existences &eacute;taient fa&ccedil;onn&eacute;es par les conversations de salon, les pol&eacute;miques artistiques et les spectacles du jour. L&rsquo;op&eacute;ra, la danse, la musique symphonique, l&rsquo;art d&eacute;coratif et la gastronomie animent ses d&eacute;sirs. Mais il a su &eacute;pouser les manies de ses contemporains. A tel point qu&rsquo;il ma&icirc;trise et aiguille les bruits de la ville et les com&eacute;dies humaines. Car le fils reni&eacute; de Robert Hersant s&rsquo;est fabriqu&eacute; une deuxi&egrave;me histoire. Loin des clans papivores et des luttes intestines. Plus pr&egrave;s encore du pouvoir de construire et d&rsquo;agir. Avec sa soci&eacute;t&eacute;, Philippe Villin Conseil, le banquier d&rsquo;affaires se place dans les grandes op&eacute;rations financi&egrave;res du moment. Conseiller d&rsquo;Elior, des Banques Populaires, de Gaz de France, de L&eacute;one Meyer ou de Sanofi-Synth&eacute;labo, il a su jouer des cordes de l&rsquo;influence pour cotraiter les deals aux c&ocirc;t&eacute;s des poids lourds du m&eacute;tier. Loin des analyses purement techniques ou strat&eacute;giques de ses concurrents, l&rsquo;homme dessine une marque de fabrique reposant sur la compr&eacute;hension des psychologies et l&rsquo;attachement des grands patrons intuitu personae. Il sait passer les bons coups de fil au bon moment. Il peut faire jouer sa connaissance des acteurs pour &eacute;clairer les dossiers. Il parvient &agrave; &ecirc;tre associ&eacute; aux op&eacute;rations dont chacun de ses concurrents r&ecirc;verait. R&eacute;solument, sa faille est devenue un atout majeur. Dans le monde de l&rsquo;entreprise, nul n&rsquo;ignorait son incapacit&eacute; &agrave; ma&icirc;triser ses &eacute;motions ou sa propension &agrave; l&rsquo;&eacute;gotisme &eacute;corch&eacute;. D&eacute;sormais, son ego fraie parmi celui des grands de ce monde. Et son affect s&rsquo;est &agrave; la fois mu&eacute; en d&eacute;crypteur comportemental et en aimant f&eacute;d&eacute;rateur. </p><p align="justify"><strong>Programmation g&eacute;n&eacute;tique</strong></p><p align="justify">Chez lui, il y a clairement plus de transmissions que de r&eacute;bellions. Ses valeurs humaines et politiques coulent dans l&rsquo;ADN familial bien qu&rsquo;il n&rsquo;en ait pas imm&eacute;diatement pris le chemin. Le premier point d&rsquo;ancrage de cet inspecteur des Finances r&eacute;side certainement dans son rapport &agrave; la chose &eacute;tatique. Le service de l&rsquo;Etat, il ne conna&icirc;t pas. Ni lui, ni ses ascendants, d&rsquo;ailleurs. Chez ce fils d&rsquo;entrepreneur en b&acirc;timent, on admirait les m&eacute;decins, les dentistes et les commer&ccedil;ants. Parce qu&rsquo;il &eacute;tait brillant et promis &agrave; une carri&egrave;re de chef d&rsquo;entreprise, un ami de ses parents lui conseille d&rsquo;entrer &agrave; Sciences-Po. </p><p align="justify">Plus lucide que soumis, il tente ensuite sa chance &agrave; l&rsquo;Ena, dont il sortira second. &laquo; En dehors de l&rsquo;ann&eacute;e de stage, L&rsquo;Ena m&rsquo;a vol&eacute; 16 mois de vie pour faire des choses inutiles. &raquo; Un chemin qu&rsquo;il interpr&egrave;te aujourd&rsquo;hui comme un accident de parcours, au regard des id&eacute;es qu&rsquo;il avait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. Et qu&rsquo;il a conserv&eacute;es. &laquo; Dans ma famille, les fonctionnaires &eacute;taient consid&eacute;r&eacute;s comme des sangsues, associ&eacute;s &agrave; un monde &eacute;triqu&eacute; et rabougri.</p><p align="justify">Le service de l&rsquo;Etat n&rsquo;a jamais constitu&eacute; un aboutissement pour moi. Moins l&rsquo;Etat est pr&eacute;sent, mieux &ccedil;a vaut. &raquo; Heureusement, la vie est parfois faite de contradictions. A l&rsquo;inspection g&eacute;n&eacute;rale des Finances, il d&eacute;couvre un petit groupe de &laquo; gens formidables &raquo;. Des vrais amis, qu&rsquo;il retrouvera, plus tard. </p><p align="justify">Pourtant, tout s&rsquo;&eacute;croule en 1981. Format&eacute; au lib&eacute;ralisme, &eacute;pris de lois du march&eacute;, ennemi jur&eacute; du communisme, il fait l&rsquo;amalgame. L&rsquo;arriv&eacute;e de Fran&ccedil;ois Mitterrand au pouvoir scelle son destin. Il d&eacute;cide de quitter la fonction publique apr&egrave;s un entretien avec Alain Gomez, qui vient d&rsquo;&ecirc;tre nomm&eacute; &agrave; la t&ecirc;te de Thomson. &laquo; En mai 1981, j&rsquo;ai eu le sentiment que ma vie allait s&rsquo;arr&ecirc;ter. Je n&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; pas beaucoup d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t &agrave; travailler pour l&rsquo;Etat, mais travailler pour un Etat socialiste m&rsquo;a oblig&eacute; &agrave; entrer en r&eacute;sistance. &raquo; Son sectarisme lui rendra, un temps, service.</p><p align="justify"><strong>Recherche identitaire</strong></p><p align="justify">Son parcours professionnel ressemble au vol d&rsquo;un papillon. Selon ses int&eacute;r&ecirc;ts et ses curiosit&eacute;s, l&rsquo;homme est all&eacute; butiner, &agrave; droite, &agrave; gauche. Refusant de se laisser enfermer dans un m&eacute;tier ou un secteur. </p><p align="justify">Rebondissant toujours apr&egrave;s les chutes, si vertigineuses soient-elles. L&rsquo;unique conducteur de ses affirmations demeure politique. Philippe Villin est comme cela. Il y a des gens qu&rsquo;il d&eacute;teste. Et d&rsquo;autres qu&rsquo;il adore. Parce qu&rsquo;ils servent ou desservent les id&eacute;es qu&rsquo;il mart&egrave;le. &laquo; J&rsquo;ai des sympathies et des antipathies politiques fortes. Je crois &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;, les hommes politiques fran&ccedil;ais n&rsquo;y sont jamais suffisamment favorables. Mon soutien va clairement &agrave; Nicolas Sarkozy. &raquo; Chacun conna&icirc;t la hargne avec laquelle il s&rsquo;est oppos&eacute; &agrave; Edouard Balladur. Nul ne peut ignorer sa distance avec l&rsquo;actuel gouvernement. Le Premier ministre &eacute;tait d&rsquo;ailleurs sur les bancs de Sciences-Po, &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s.</p><p align="justify"><br />Alors, c&rsquo;est presque naturellement, qu&rsquo;il d&eacute;cide d&rsquo;&eacute;crire &agrave; Robert Hersant lorsqu&rsquo;il entend dire que celui-ci vient de recruter un haut fonctionnaire &agrave; la Socpresse (en l&rsquo;occurrence, Bertrand Cousin). &laquo; J&rsquo;ai choisi de me tourner vers l&rsquo;univers de la presse car je pensais que c&rsquo;&eacute;tait un secteur dans lequel je pourrais tout comprendre. &raquo; Modeste, avec cela. Chose voulue, chose faite. Le propri&eacute;taire du Figaro l&rsquo;engage sur le champ. Mieux, il d&eacute;cide d&rsquo;en faire son fils spirituel. De 1984 &agrave; 1994, Philippe Villin va op&eacute;rer une mont&eacute;e en puissance au sein du groupe. D&rsquo;abord administrateur g&eacute;n&eacute;ral et membre du directoire, il devient rapidement vice-pr&eacute;sident-directeur g&eacute;n&eacute;ral du Figaro puis pr&eacute;sident de France Soir. La descente sera rude. Pour trahison ou z&egrave;le excessif, &ndash; on ne saura jamais &ndash;, le bras droit du roi de la presse fran&ccedil;aise est d&eacute;barqu&eacute; brutalement, apr&egrave;s dix ans de collaboration.</p><p align="justify">Aujourd&rsquo;hui, il s&rsquo;en explique. &laquo; Au Figaro, j&rsquo;ai eu l&rsquo;id&eacute;e de monter un tour de table pour offrir une solution de reprise &agrave; Robert Hersant. Je ne lui ai pas demand&eacute; son autorisation parce qu&rsquo;il ne m&rsquo;aurait pas laiss&eacute; faire si je lui avais dit. Je ne regrette pas ce que j&rsquo;ai fait. &raquo; Il faut reconna&icirc;tre qu&rsquo;entre-temps, un autre bras droit avait conquis les faveurs du magnat de la presse. Yves de Chaisemartin est rest&eacute;. Philippe Villin a quitt&eacute; le navire. &laquo; A la fin, je pense que Robert Hersant n&rsquo;a pas os&eacute; me parler. Il n&rsquo;a pas voulu que nous nous affrontions. Il s&rsquo;est content&eacute;, en conseil, de ne pas me renouveler comme administrateur de France Soir. J&rsquo;ai quitt&eacute; la s&eacute;ance. Nous ne nous sommes jamais revus. Je consid&egrave;re que les conditions financi&egrave;res et morales de s&eacute;paration qu&rsquo;il m&rsquo;a offertes par la suite &eacute;taient parfaites. &raquo; Le p&egrave;re tu&eacute;, le fils suicid&eacute; devait conqu&eacute;rir une reconnaissance sur un autre terrain.</p><p align="justify"><strong>March&eacute; &eacute;motif</strong></p><p align="justify">Le voil&agrave;, son tour de force. L&rsquo;ancien paria est devenu le plus fiable des confidents. Un suppos&eacute; tra&icirc;tre s&rsquo;est mu&eacute; en saltimbanque du monde des affaires. Ses armes, il les a faites seul, un temps, en montant sa soci&eacute;t&eacute; de conseil, soutenu par quelques amis. Vincent Bollor&eacute; et Bernard Arnault furent ses deux premiers clients. Apr&egrave;s une parenth&egrave;se de cinq ans chez Lehman Brothers, le conseiller est de retour. </p><p align="justify">Son &eacute;chapp&eacute;e dans l&rsquo;institution anglo-saxonne s&rsquo;est mal termin&eacute;e. Devenu vice-pr&eacute;sident pour l&rsquo;Europe de la soci&eacute;t&eacute;, il a tent&eacute; une joute politique interne avec son sup&eacute;rieur hi&eacute;rarchique, qui s&rsquo;est sold&eacute;e en sa d&eacute;faveur.</p><p align="justify">Reprenant son activit&eacute; solitaire depuis 2003, il cumule trois activit&eacute;s : une dizaine de clients abonn&eacute;s, un travail r&eacute;gulier avec les fonds de &laquo; private equity &raquo; et le cotraitement d&rsquo;affaires avec des banques &eacute;tablies. &laquo; Je suis un chirurgien qui fait son diagnostic tout seul, mais j&rsquo;op&egrave;re dans diff&eacute;rents h&ocirc;pitaux. &raquo; De Merrill Lynch &agrave; Lazard ou Morgan Stanley, ses partenaires diff&egrave;rent. Mais les noms de Goldman Sachs, Lehman ou Rothschild ne sont jamais apparus dans ses dossiers&hellip; Si l&rsquo;on &eacute;coute ses concurrents, sa sp&eacute;cificit&eacute; ne semble ni technique, ni strat&eacute;gique. Son carnet d&rsquo;adresses, sa connaissance des intervenants, ses intuitions et ses analyses psychologiques constituent certainement les moteurs de sa r&eacute;ussite. Il n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; d&eacute;crocher son t&eacute;l&eacute;phone politique pour appuyer ses op&eacute;rations. &laquo; Il est le St&eacute;phane Bern &raquo; ou le &laquo; Anne M&eacute;aux &raquo; de la banque d&rsquo;affaires, lancent ses d&eacute;tracteurs. Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, cela n&rsquo;a pas effray&eacute; ses clients. Au contraire.</p><p align="justify">Information ou intoxication, le gar&ccedil;on attire les jalousies. Peu lui importe. Pendant qu&rsquo;il d&eacute;fraie la chronique, il va au spectacle, presque tous les soirs, d&eacute;core son appartement et sa maison de Cavalaire d&rsquo;objets pr&eacute;cieux, re&ccedil;oit dans des d&icirc;ners pr&eacute;par&eacute;s par les chefs de la fine gastronomie fran&ccedil;aise et profite des pol&eacute;miques. &laquo; Toute journ&eacute;e doit comporter une dose d&rsquo;ennui normal, un maximum d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et de diversit&eacute; et un &eacute;l&eacute;ment de plaisir. &raquo; Il reconna&icirc;t, n&eacute;anmoins, &ecirc;tre d&rsquo;humeur cyclothymique. &laquo; Il va toujours tr&egrave;s bien ou tr&egrave;s mal &raquo;, indique un proche. Pourtant, il a trouv&eacute; l&rsquo;amour, depuis plusieurs ann&eacute;es. &laquo; Je vis avec un &eacute;crivain-photographe. Je l&rsquo;ai rencontr&eacute; un jour de novembre 1999. C&rsquo;est la rencontre de ma vie. Je suis plus communautariste que l&rsquo;on ne peut le croire. Je consid&egrave;re appartenir &agrave; la famille du monde &ldquo;gay&rdquo;. Je milite en faveur de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des droits pour les couples homosexuels et h&eacute;t&eacute;rosexuels (fiscalit&eacute;, retraite), mais je reste perplexe sur la question de l&rsquo;adoption, tout en respectant la bataille men&eacute;e par ceux qui y sont favorables. &raquo; Sectarisme encore ? Non. Affection, toujours. </p><p><strong>Signes</strong></p><p><strong>. Ma chronique<br /></strong>. 1917 : La R&eacute;volution russe.<br />. 1989 : La chute du Mur de Berlin<strong>.<br />. Mes lieux<br /></strong>Cavalaire, Paris.<br /><strong>. Mon astre<br /></strong>Scorpion, 23 octobre 1954.<br /></p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 07 Jun 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Denis Jeambar, l’incompris</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Ni rebelle, ni soumis. Ni reni&eacute;, ni compris. A trop briguer la libert&eacute;, il a brouill&eacute; les cartes de son identit&eacute;. Chasseur d&rsquo;actionnaires, &eacute;ditorialiste moralisateur, manager prisonnier de son affectivit&eacute;, redresseur de torts pamphl&eacute;taire, le directeur de &laquo; L&rsquo;Express &raquo; n&rsquo;est, volontairement, pas positionn&eacute;.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un esprit plural en qu&ecirc;te de sp&eacute;cificit&eacute;.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1347_JEAMBAR_Denis.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1347_JEAMBAR_Denis.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Douceur violente. Voil&agrave; qui pourrait &ecirc;tre le nom de son parfum. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, il est Chim&egrave;ne Badi. Il vient du Sud. Sa voix, ses gestes, son comportement gr&eacute;gaire, son go&ucirc;t pour les f&ecirc;tes amicales. De l&rsquo;autre, il est Joey Starr. Il d&eacute;nonce, d&eacute;crie, s&rsquo;insurge. Sauvage, excessif, l&rsquo;id&eacute;aliste a pourtant su apprivoiser la r&eacute;alit&eacute;. Le monde des affaires, il l&rsquo;a domestiqu&eacute;. Alors, de l&rsquo;unicit&eacute; journalistique, il est pass&eacute; au combat capitalistique. Pas moins de cinq actionnaires se sont succ&eacute;d&eacute; au cours de ses neuf ann&eacute;es au sein du groupe L&rsquo;Express-Expansion.</p><p align="justify">Lui, il n&rsquo;a pas boug&eacute;. Pr&eacute;sident du directoire, il est &eacute;galement directeur de la publication et de la r&eacute;daction d&rsquo;un magazine en recherche d&rsquo;identit&eacute; retrouv&eacute;e. De nouvelles formules en changement de jour de parution, L&rsquo;Express s&rsquo;efforce de conserver sa place au sein du triumvirat qu&rsquo;il forme aux c&ocirc;t&eacute;s du Nouvel Observateur et du Point. Si son nombre d&rsquo;abonn&eacute;s s&rsquo;est stabilis&eacute; (plus de 300 000)*, le recul de ses ventes au num&eacute;ro n&rsquo;est, pour l&rsquo;heure, pas encore enray&eacute; (100 000 exemplaires)*. Et le cataclysme du march&eacute; des offres d&rsquo;emploi ne facilite pas son &eacute;quilibre budg&eacute;taire. D&eacute;cri&eacute; par une partie de la communaut&eacute; journalistique, Denis Jeambar poursuit n&eacute;anmoins son chemin. Il sait qu&rsquo;il a parfois piqu&eacute; aux endroits o&ugrave; il ne fallait pas. Mais son z&egrave;le moralisateur reste incontr&ocirc;lable.</p><p align="justify">Il sait aussi que, si L&rsquo;Express est attaqu&eacute;, il reste adoss&eacute; &agrave; un groupe riche d&rsquo;une vingtaine de titres, qu&rsquo;il a contribu&eacute; &agrave; construire. Il sait, enfin, qu&rsquo;il vient de trouver son actionnaire final. Roularta, qui prendra 35 % du capital du groupe d&egrave;s la rentr&eacute;e, devrait &eacute;tendre sa participation &agrave; la totalit&eacute; des parts d&egrave;s le premier semestre 2007. &laquo; Roularta n&rsquo;est pas interventionniste sur le contenu &eacute;ditorial mais est tr&egrave;s comp&eacute;tent sur le marketing du produit &raquo;, indique-t-il calmement.</p><p align="justify"><strong>Puret&eacute; offensive</strong></p><p align="justify">A son annulaire, deux alliances. L&rsquo;originale, un temps disparue, et celle qu&rsquo;il a rachet&eacute;e, pour la remplacer. Tout est dit. L&rsquo;homme est dans le symbole et la qu&ecirc;te de puret&eacute;. Il aime la m&ecirc;me femme depuis 35 ans. Pur, il l&rsquo;est r&eacute;solument. Parfois m&ecirc;me na&iuml;f. &laquo; Il peut s&rsquo;emballer pour le dernier venu &raquo;, lance l&rsquo;un de ses amis. Au fil des ann&eacute;es, son id&eacute;al semble avoir gliss&eacute; vers l&rsquo;intransigeance. A l&rsquo;int&eacute;rieur du journal, il ma&icirc;trise ses exc&egrave;s. Mais, dans ses livres ou ses chroniques radiophoniques, sa verve se d&eacute;verse.</p><p align="justify">Tel un Chev&egrave;nement ragaillardi. &laquo; Lorsque j&rsquo;&eacute;cris dans L&rsquo;Express, je suis le porte-parole d&rsquo;une collectivit&eacute;. Individuellement, j&rsquo;ai une vision plus pamphl&eacute;taire. &raquo; Attach&eacute; &agrave; ses id&eacute;es, emport&eacute; sur la morale et sur l&rsquo;ind&eacute;pendance de son journal, il pense perp&eacute;tuer le d&eacute;sir de libert&eacute; farouche qu&rsquo;ont incarn&eacute;, en leur temps, Fran&ccedil;oise Giroud ou Jean-Fran&ccedil;ois Revel. S&rsquo;il n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; touch&eacute; par le cynisme ou l&rsquo;amertume, ses attaques d&eacute;cuplent &agrave; la m&ecirc;me vitesse que s&rsquo;assoit son parcours professionnel.</p><p align="justify">Le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique ne peut pas l&rsquo;ignorer. Ses amis du Monde, non plus. Pourtant, il vient de loin, le petit. De son enfance dans le Vaucluse, il a certainement gard&eacute; le go&ucirc;t des choses simples et le d&eacute;go&ucirc;t des artifices. Sa m&egrave;re, d&rsquo;origine juive alsacienne, lui a transmis la curiosit&eacute; culturelle. Son p&egrave;re, imprimeur cartonnier, le sens des responsabilit&eacute;s. Si les difficult&eacute;s mat&eacute;rielles ont condamn&eacute; un chemin qu&rsquo;il r&ecirc;vait &eacute;galement musicien, la mis&egrave;re familiale ne semble pas l&rsquo;avoir marqu&eacute;. Tr&egrave;s t&ocirc;t, il a su quel serait son m&eacute;tier.</p><p align="justify">Tintin reporter. &laquo; Jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de sept ans, je r&ecirc;vais de devenir pr&eacute;sident de la R&eacute;publique. A partir de 8 ans, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre journaliste. &raquo; Alors, apr&egrave;s ses &eacute;tudes en Avignon et une licence en droit &agrave; Montpellier, il a couru &agrave; l&rsquo;IEP. Les portes parisiennes, il n&rsquo;a jamais eu besoin de les forcer. Au sortir de Sciences-Po, un ami de la famille le fait entrer &agrave; Paris Match. D&egrave;s lors, sa vie professionnelle se construira sur une succession d&rsquo;affinit&eacute;s &eacute;lectives, au nom de l&rsquo;amiti&eacute;.</p><p align="justify"><strong>Centralisme d&eacute;mocratique</strong></p><p align="justify">Des hommes, il en a suivi. Claude Imbert, avant tout. Son p&egrave;re professionnel. Il l&rsquo;a emmen&eacute; &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s, de Paris Match au Point, accompagnant sa mont&eacute;e en puissance, puis le choisissant comme son successeur officiel. L&rsquo;histoire pourrait rappeler celle de Claude Perdriel et de Franz-Olivier Giesbert. Ensemble, ils se sont amus&eacute;s. Beaucoup. &laquo; C&rsquo;est &agrave; Musiques que mon &eacute;panouissement professionnel a &eacute;t&eacute; le plus abouti &raquo;, n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; affirmer aujourd&rsquo;hui Denis Jeambar. Mais, devenu directeur de la r&eacute;daction du Point, le dauphin a p&eacute;ch&eacute;. Il a quitt&eacute; le navire pour un poste &eacute;ph&eacute;m&egrave;re. S&eacute;duit par l&rsquo;argent, selon certains.</p><p align="justify">Fatigu&eacute; par l&rsquo;immobilisme ambiant, selon d&rsquo;autres. Utilis&eacute; par Jacques Lehn, rajoutent les derniers. L&rsquo;int&eacute;ress&eacute; s&rsquo;en explique : &laquo; En 1995, Le Point me semblait trop pesant. J&rsquo;&eacute;prouvais un fort besoin de remise en cause. &raquo; Besoin de tuer le p&egrave;re. Voil&agrave;. Europe 1. Huit mois seulement &agrave; la direction g&eacute;n&eacute;rale de l&rsquo;antenne. Et un go&ucirc;t de sable qui n&rsquo;est jamais pass&eacute;. &laquo; A Europe 1, j&rsquo;avais l&rsquo;illusion du pouvoir mais j&rsquo;&eacute;tais impuissant. Je regrette de ne pas avoir su r&eacute;ussir cette aventure. Je l&rsquo;ai v&eacute;cue comme un &eacute;chec. &raquo; Tr&egrave;s vite, il retourne donc &agrave; l&rsquo;&eacute;crit.</p><p align="justify">Et r&eacute;v&egrave;le son temp&eacute;rament. Celui d&rsquo;un manager, f&eacute;d&eacute;rant au rythme de l&rsquo;affect. Celui d&rsquo;un journaliste-&eacute;ditorialiste qui, peu &agrave; peu, se tourne vers l&rsquo;univers capitalistique. Aujourd&rsquo;hui, la moiti&eacute; de son temps est d&eacute;volue &agrave; la vie entrepreneuriale du groupe. Les reproches fusent. L&rsquo;Express devrait-il sa perte de vitesse &agrave; la trop forte implication de son directeur dans un destin actionnarial ? Peu importe, la fable est celle du serpent qui se mord la queue.</p><p align="justify">Denis Jeambar a par&eacute; au plus press&eacute;. Fort de son ancrage &agrave; la t&ecirc;te du directoire du groupe, l&rsquo;homme semble avoir adopt&eacute; un style manag&eacute;rial jug&eacute; trop centralisateur. &laquo; Le journal se fait &agrave; trois. Seuls Eric Conan et Jacqueline R&eacute;my partagent le pouvoir &raquo;, entend-t-on souvent. Pourtant, plus que du centralisme, Denis Jeambar est l&rsquo;homme de la diversit&eacute; et de l&rsquo;&eacute;clectisme. Dans le choix de ses amiti&eacute;s et dans celui de ses id&eacute;es. Cela pourrait-il lui jouer des tours ?</p><p align="justify"><strong>Pluralisme fondateur</strong></p><p align="justify">R&eacute;solument, son journal lui ressemble. Il a toujours associ&eacute; la diversit&eacute; &agrave; la richesse. &laquo; L&rsquo;Express a autant de lecteurs &agrave; gauche qu&rsquo;&agrave; droite. Il est le seul magazine fran&ccedil;ais pluraliste, et donc le plus difficile &agrave; diriger. Je d&eacute;fends une ligne souvent diff&eacute;rente des points de vue qui s&rsquo;expriment au sein du journal. &raquo; Parfait. Mais quel est donc le fil de ses convictions ? Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;homme est atteint par une forme de r&eacute;signation. S&rsquo;il n&rsquo;a pas perdu son enthousiasme et sa fra&icirc;cheur, l&rsquo;exp&eacute;rience pourrait lui avoir retir&eacute; ses croyances. &laquo; J&rsquo;ai un temp&eacute;rament heureux, mais je suis pessimiste &agrave; long terme &raquo;, lance-t-il, myst&eacute;rieux. Son p&egrave;re No&euml;l politique, il n&rsquo;y croit plus depuis longtemps. Des valeurs familiales gaullistes, il a uniquement conserv&eacute; la droiture. Son ancrage, longtemps rocardien, s&rsquo;est ab&icirc;m&eacute; au cours des ann&eacute;es Mitterrand. Son id&eacute;al est parti avec l&rsquo;eau du bain. &laquo; Je suis un homme du centre gauche. J&rsquo;ai toujours vot&eacute; &agrave; gauche.</p><p align="justify">D&eacute;sormais, je regarde les hommes politiques avec trop de lucidit&eacute; pour continuer &agrave; m&rsquo;exprimer devant les urnes. &raquo; La religion ne constitue pas non plus une &eacute;pine dorsale. Juif par sa m&egrave;re, il a &eacute;t&eacute; baptis&eacute; apr&egrave;s-guerre. Le doute pourrait r&eacute;sumer son rapport &agrave; la spiritualit&eacute;, quelle qu&rsquo;elle soit. Sur le reste, les ar&egrave;nes du pouvoir ont restreint ses fantasmes.</p><p align="justify">Mais il est l&rsquo;homme de plusieurs vies. Celle des amis, de l&rsquo;&eacute;criture et de la musique, d&rsquo;abord. Celle de la curiosit&eacute; professionnelle, ensuite. Celle du pouvoir, enfin. Il sait que son si&egrave;ge pourrait devenir &eacute;jectable. Alors, en attendant, il profite d&rsquo;une conqu&ecirc;te absolue : &laquo; Pour moi, le pouvoir consiste &agrave; utiliser pleinement sa libert&eacute; d&rsquo;expression &raquo;. g</p><p align="justify"><strong>Source OJD.</strong></p><p align="justify"><strong>Signes<br /></strong><br /><strong>. Mes dates</strong><br />. 18 juin 1940 : L&rsquo;appel du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle.<br />. 1945 : L&rsquo;armistice.<br /><strong>. Mon panth&eacute;on</strong><br />Raymond Aron, Albert Camus, Louis-Ferdinand C&eacute;line, Charles de Gaulle, Georges-Benjamin Clemenceau, Jean-Paul Sartre.<br /><strong>. Mon id&eacute;al</strong><br />&laquo; Etre en paix avec ceux que j&rsquo;aime. &raquo;<br /></p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 31 May 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>François Bayrou, délit d’existence</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>S&rsquo;opposer ou d&eacute;p&eacute;rir. Son combat existentiel force l&rsquo;&eacute;mancipation. Mais ses vell&eacute;it&eacute;s d&rsquo;ind&eacute;pendance frisent la schizophr&eacute;nie. A mesure qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;carte de la majorit&eacute;, le pr&eacute;sident de l&rsquo;UDF risque de se distinguer de ses &eacute;lecteurs. <br />Entre id&eacute;al et intuition, l&rsquo;animal politique prend un pari individuel impos&eacute; par l&rsquo;&eacute;ch&eacute;ance pr&eacute;sidentielle.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un cavalier isol&eacute;, &eacute;cartel&eacute; entre l&rsquo;id&eacute;al d&rsquo;une gouvernance transpartisane et la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;une conqu&ecirc;te structurellement solitaire.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1346_Bayrou.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1346_Bayrou.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Au soleil du pouvoir, le nombre de fauteuils d&rsquo;orchestre demeure restreint. Depuis longtemps, Fran&ccedil;ois Bayrou croit &agrave; l&rsquo;existence d&rsquo;un v&eacute;ritable mouvement du centre en France. Depuis peu, l&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Education nationale pense qu&rsquo;il est le seul &agrave; pouvoir le faire &eacute;merger.</p><p align="justify">Selon lui, son parti avait pr&eacute;dit et analys&eacute; l&rsquo;effondrement du syst&egrave;me. Il serait donc l&rsquo;unique d&eacute;tenteur de la formule magique propre &agrave; le r&eacute;tablir...D&eacute;nonciateur opportuniste, id&eacute;aliste, tra&icirc;tre ou autocrate ? Tous les reproches lui ont &eacute;t&eacute; faits, toutes les man&oelig;uvres ont &eacute;t&eacute; d&eacute;roul&eacute;es pour annihiler l&rsquo;iceberg r&eacute;sistant du milieu politique hexagonal. On pourrait croire que le pr&eacute;sident de l&rsquo;UDF a lui-m&ecirc;me contribu&eacute; &agrave; ses difficult&eacute;s. Les confrontations et les s&eacute;parations ne lui font pas peur.</p><p align="justify">Gilles de Robien en sait quelque chose. Depuis la cr&eacute;ation de l&rsquo;UMP, ses engagements radicaux l&rsquo;ont parfois d&eacute;tach&eacute; des figures de proue de son parti, autant que de la masse &eacute;lectorale qui, autrefois, y &eacute;tait attach&eacute;e. Contre toute attente, L&rsquo;UDF existe, encore et toujours. Au niveau europ&eacute;en, le parti a r&eacute;solument trouv&eacute; sa place, totalisant 12 % des voix aux derni&egrave;res &eacute;lections.</p><p align="justify">Son leader s&rsquo;est impos&eacute; comme l&rsquo;ambassadeur de l&rsquo;Europe f&eacute;d&eacute;rale. Au niveau r&eacute;gional, son nombre d&rsquo;&eacute;lus s&rsquo;est r&eacute;cemment accru. Au niveau national, Fran&ccedil;ois Bayrou d&eacute;veloppe des strat&eacute;gies d&rsquo;&eacute;quilibriste qui ont, jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, &eacute;vit&eacute; une chute fatale. Marginale ou r&eacute;siduelle pour certains, l&rsquo;UDF compte encore. Ne serait-ce que parce qu&rsquo;elle peut contribuer &agrave; op&eacute;rer une bascule politique.</p><p align="justify">Au-del&agrave; de l&rsquo;acte fondateur de sa campagne pr&eacute;sidentielle, le ralliement de Fran&ccedil;ois Bayrou &agrave; la motion de censure socialiste modifie l&rsquo;appr&eacute;hension du paysage politique du second tour des &eacute;lections de 2007. Le Parti socialiste bruisse audacieusement d&rsquo;un &eacute;ventuel report des voix de l&rsquo;UDF &agrave; son profit. A voir. L&rsquo;homme est pragmatique. Il n&rsquo;a que faire d&rsquo;une logique de partis. A moins que cela ne puisse lui permettre d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; ses fins.</p><p align="justify"><strong>Le silence des agneaux</strong></p><p align="justify">Le B&eacute;arnais est un curieux animal. Fait de ma&icirc;trise et d&rsquo;exc&egrave;s. A entendre ses collaborateurs, on pourrait croire qu&rsquo;il a l&rsquo;apparence d&rsquo;un roc. Silencieux, calme, pos&eacute;, cherchant &agrave; rassurer, minimisant les probl&egrave;mes. Pourtant, il bouillonne int&eacute;rieurement. &laquo; Il peut avoir envie de castagne. Ses coups de gueule et ses col&egrave;res font trembler les murs &raquo;, indique un ami &eacute;lu. La duret&eacute; de son engagement est le revers de la sensibilit&eacute; de son temp&eacute;rament. Le terrien a appris &agrave; se retenir.</p><p align="justify">De son enfance, il garde le souvenir des choses vraies. L&rsquo;odeur des champs et la traite des vaches. Mais aussi l&rsquo;ouverture &agrave; la culture et &agrave; l&rsquo;actualit&eacute;. Amoureux de litt&eacute;rature, il &eacute;choue &agrave; l&rsquo;Ecole normale sup&eacute;rieure, se contentant d&rsquo;une agr&eacute;gation de lettres classiques. Devenu professeur, il poursuivra les efforts d&rsquo;un p&egrave;re trop t&ocirc;t disparu, en tenant la petite exploitation agricole parentale, aux c&ocirc;t&eacute;s de sa m&egrave;re. <em>&laquo; En choisissant de ne pas laisser mourir l&rsquo;activit&eacute; de mon p&egrave;re, j&rsquo;ai maintenu ce que j&rsquo;aimais dans mon enfance. &raquo;</em></p><p align="justify">Dans sa famille, les valeurs sont d&rsquo;abord morales. L&rsquo;argent, il ne l&rsquo;a connu que plus tard. Il a d&rsquo;ailleurs gard&eacute; une suspicion &agrave; son &eacute;gard. <em>&laquo; Mes valeurs culturelles, morales et sociales sont hi&eacute;rarchiquement plus importantes que les valeurs mat&eacute;rielles. L&rsquo;argent compte, mais on ne peut pas b&acirc;tir un monde qui le place au sommet de la pyramide. &raquo;</em> </p><p align="justify">Pourtant, ses premiers droits d&rsquo;auteur, sur une biographie d&rsquo;Henri IV vendue &agrave; 300 000 exemplaires, lui permettent de r&eacute;aliser un r&ecirc;ve. Il se lance dans l&rsquo;&eacute;levage de chevaux. &laquo; Certains se ruinent pour des sculptures, d&rsquo;autres se ruinent pour des danseuses. Le cheval r&eacute;unit la sculpture et la danse dans un m&ecirc;me &ecirc;tre vivant. &raquo;</p><p align="justify"><strong>Le monde des croyances</strong></p><p align="justify">Robin des bois. Son h&eacute;ros. Sa berceuse id&eacute;aliste. S&rsquo;il n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; atteint par le cynisme ambiant, Fran&ccedil;ois Bayrou a appris &agrave; poursuivre des mod&egrave;les plus r&eacute;alisables. Son &eacute;veil politique commence en hypokh&acirc;gne, alors qu&rsquo;il c&ocirc;toie la communaut&eacute; de l&rsquo;Arche. La qu&ecirc;te d&rsquo;un r&ecirc;ve absolu o&ugrave; les d&eacute;cisions sont prises &agrave; l&rsquo;unanimit&eacute;, &agrave; d&eacute;faut de quoi le je&ucirc;ne s&rsquo;impose&hellip; Admirateur de Lanza del Vasto, son fondateur, adepte de Gandhi et th&eacute;oricien de la non-violence, il s&rsquo;aper&ccedil;oit rapidement que les choix qu&rsquo;il d&eacute;fend ne sont pas tout &agrave; fait pragmatiques.</p><p align="justify">Il se tourne alors vers le Centre d&eacute;mocrate, pr&eacute;curseur du CDS, devient charg&eacute; de mission aupr&egrave;s de Pierre M&eacute;haignerie et Alain Poher, avant d&rsquo;&ecirc;tre conseiller de Pierre Pflimlin. D&eacute;put&eacute; des Pyr&eacute;n&eacute;es-Atlantiques d&egrave;s 1986, il prend la t&ecirc;te du CDS en 1994, et celle de l&rsquo;UDF quatre ans plus tard. Il a &eacute;t&eacute; r&eacute;&eacute;lu il y a un an avec plus de 98 % des voix. Au fond, ses convictions n&rsquo;ont pas chang&eacute;. Ses valeurs sont celles de la d&eacute;mocratie chr&eacute;tienne classique. Rien de r&eacute;ellement sp&eacute;cifique.</p><p align="justify">Seule sa vision des rapports d&rsquo;&eacute;quilibre et des m&eacute;thodes de pouvoir a &eacute;volu&eacute; : &laquo; J&rsquo;ai longtemps cru que l&rsquo;on pouvait modifier le syst&egrave;me de l&rsquo;int&eacute;rieur. Je sais d&eacute;sormais que l&rsquo;ordre &eacute;tabli est un ordre de connivence. Jacques Chirac a d&eacute;cid&eacute; de ne rien changer. Je refuse d&rsquo;&ecirc;tre complice de cela. &raquo; Il a fait du combat d&eacute;mocratique et de la d&eacute;nonciation de la d&eacute;route du syst&egrave;me actuel la pierre angulaire de sa diff&eacute;rence. Mais celui que ce m&ecirc;me syst&egrave;me politique mettait naturellement &agrave; l&rsquo;&eacute;cart avait-il vraiment le choix des armes ?</p><p align="justify"><strong>La conqu&ecirc;te opposante</strong></p><p align="justify">Le discours est rod&eacute;. Herv&eacute; Morin, Marielle de Sarnez et tous les &eacute;lus de l&rsquo;UDF r&eacute;citent la m&ecirc;me partition. En quelques mots, pour ceux qui ne l&rsquo;auraient pas encore entendue : &laquo; le syst&egrave;me politique et d&eacute;mocratique s&rsquo;effondre. Preuve par le r&eacute;f&eacute;rendum sur le trait&eacute; instaurant la Constitution europ&eacute;enne, la crise des banlieues, le CPE et l&rsquo;affaire Clearstream. Un seul clan d&eacute;tient l&rsquo;ensemble du pouvoir sans contre-pouvoirs alentour.</p><p align="justify">Une sixi&egrave;me R&eacute;publique s&rsquo;impose. Et l&rsquo;UDF va sauver la France en assurant l&rsquo;&eacute;lection au suffrage universel d&rsquo;un Pr&eacute;sident forc&eacute; de recueillir un vote favorable de l&rsquo;Assembl&eacute;e, elle-m&ecirc;me &eacute;lue &agrave; la proportionnelle, et en obtenant l&rsquo;association des corps interm&eacute;diaires (syndicats, associations), dans les m&eacute;canismes de d&eacute;cision &raquo;&hellip; Il y a quelques accents d&rsquo;un Arnaud Montebourg de droite dans l&rsquo;&eacute;criture. Le d&eacute;roul&eacute; op&eacute;rationnel reste encore tenu secret &ndash; ou incertain.</p><p align="justify">A part cela, le constat pourrait en s&eacute;duire plus d&rsquo;un. Un probl&egrave;me de taille demeure, n&eacute;anmoins : &laquo; pour sauver la France du naufrage &raquo;, l&rsquo;UDF doit acc&eacute;der au pouvoir. Apr&egrave;s, Fran&ccedil;ois Bayrou promet une gouvernance transpartisane. Ne craignons pas la comparaison : comme le G&eacute;n&eacute;ral en 1958. &laquo; On ne peut reconstruire la R&eacute;publique qu&rsquo;en d&eacute;passant les fronti&egrave;res partisanes et en associant des forces issues de diff&eacute;rents mouvements. C&rsquo;est l&rsquo;unique moyen de prouver notre bonne foi aux Fran&ccedil;ais. &raquo; Pour conqu&eacute;rir le pouvoir, le pr&eacute;sident de l&rsquo;UDF doit donc utiliser les m&eacute;canismes actuels et accepter les logiques du monde qu&rsquo;il d&eacute;crie.</p><p align="justify">Ce qui explique sa construction en opposition, face &agrave; la majorit&eacute;, et son rapprochement temporaire des positions socialistes. En dehors de ses connotations souvent th&eacute;oriques, son cheminement &eacute;pouse une logique salutaire. Celle de revenir aux id&eacute;es et aux actes plut&ocirc;t qu&rsquo;aux d&eacute;marches marketing des candidats. La sienne va peut-&ecirc;tre commencer. Seul l&rsquo;exercice d&rsquo;un pouvoir national permettra de savoir si son comportement est autocratique ou plus g&eacute;n&eacute;reusement inspir&eacute;. </p><p align="justify"><strong>Signes</strong></p><p align="justify"><strong>. Mon panth&eacute;on<br /></strong>Aristote, Winston Churchill, Charles de Gaulle, Gandhi, Rudyard Kipling, Charles P&eacute;guy, saint Thomas d&rsquo;Aquin, Ernst Wschiter.<br /><strong>. Mes lieux</strong><br />Bord&egrave;res (mon village natal), la France, J&eacute;rusalem, le Montana.<br /><strong>. Mon id&eacute;al<br /></strong>&laquo; La r&eacute;conciliation &raquo;<br /><strong>. Ma situation familiale</strong><br />Mari&eacute;, 6 enfants.<br /><strong>. Ma spiritualit&eacute;<br /></strong>Catholique et la&iuml;c.<br /><strong>. Mon astre</strong><br />G&eacute;meaux, 25 mai 1951.<br /></p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 24 May 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Bertrand de Labbey, le chat sur un toît brûlant</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>R&eacute;serve et d&eacute;licatesse d&rsquo;un f&eacute;lin. Homme de l&rsquo;ombre dans un univers de lumi&egrave;re. Agent secret des stars adul&eacute;es. Il cultive la timide distance des &ecirc;tres en mal de confiance. Fuyant les fragilit&eacute;s &eacute;gocentr&eacute;es et les paillettes affectives qu&rsquo;il sait &eacute;ph&eacute;m&egrave;res. Le directeur de la premi&egrave;re agence artistique europ&eacute;enne se serait-il construit en opposition au monde qu&rsquo;il pr&eacute;side ?</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &quot;L&rsquo;H&ocirc;tel&quot;, rue des Beaux-Arts, Paris</strong> <strong>VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un amoureux de musique et de libert&eacute; devenu porteur de destins artistiques souvent emprisonn&eacute;s.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" src="http://www.nouveleco.net/upload/1345_labbey.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />II est le proviseur d&rsquo;un lyc&eacute;e particulier. Le succ&egrave;s de ses &eacute;l&egrave;ves rel&egrave;ve du d&eacute;sir qu&rsquo;ils peuvent susciter. Et les professeurs r&ecirc;vent parfois eux-m&ecirc;mes d&rsquo;&eacute;pouser le trajet de leurs prot&eacute;g&eacute;s. Lui, il a compris, il y a bien longtemps, qu&rsquo;il ne fallait d&eacute;pendre de personne d&rsquo;autre que de soi-m&ecirc;me. <em>&laquo; Toute ma vie, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; &agrave; la recherche de mon ind&eacute;pendance. C&rsquo;est l&rsquo;une des clefs li&eacute;es &agrave; mon enfance. J&rsquo;avais si peu confiance en moi que j&rsquo;ai toujours refus&eacute; les propositions des grands groupes, afin de ne pas d&eacute;pendre du bon vouloir de quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre que moi. &raquo;</em> Alors, depuis son adolescence, il m&egrave;ne une qu&ecirc;te d&rsquo;autonomie, brisant les servitudes &agrave; mesure qu&rsquo;il recueille le pouvoir qui y est associ&eacute;. Actionnaire majoritaire et dirigeant de trois soci&eacute;t&eacute;s florissantes, il a su garder la t&ecirc;te froide. Et les &eacute;paules d&rsquo;un manager, d&rsquo;abord et avant celles d&rsquo;un agent. Serpent &agrave; sang froid ou affectif rentr&eacute; ? Peu importe, il a surv&eacute;cu &agrave; mesure qu&rsquo;autour de lui s&rsquo;&eacute;teignaient les flamm&egrave;ches de carri&egrave;res construites &agrave; coups de mannes d&eacute;monstratives. Carrefours incontournables du cin&eacute;ma et de la chanson fran&ccedil;aise, Artm&eacute;dia et VMA regroupent la cr&egrave;me des com&eacute;diens, chanteurs, metteurs en sc&egrave;ne, r&eacute;alisateurs, sc&eacute;naristes et auteurs fran&ccedil;ais (G&eacute;rard Depardieu, Isabelle Adjani, Emmanuelle B&eacute;art, Isabelle Huppert, Julien Clerc, Bertrand Blier&hellip;). Blackline, plus r&eacute;cemment cr&eacute;&eacute;e, est devenue l&rsquo;un des principaux entrepreneurs de spectacles vivants du territoire hexagonal (Muriel Robin, Patrick Bruel, Marc Lavoine&hellip;). Interm&eacute;diaire entre un employeur-producteur et un salari&eacute;-com&eacute;dien, entre un producteur de spectacles et un chanteur, l&rsquo;agent Bertrand fait d&eacute;sormais partie du ciel artistique fran&ccedil;ais. Pourtant, il s&rsquo;est impos&eacute; dans un univers qui ne lui &eacute;tait pas destin&eacute;. Ni affectivement, ni rationnellement. <em>&laquo; Adolescent, je pensais que j&rsquo;allais devenir directeur commercial pour les biscuits l&rsquo;Alsacienne &raquo;</em>, lance-t-il, un brin g&ecirc;n&eacute;. <br /></p><p align="justify"><strong>Blessures et d&eacute;pendances</strong></p><p align="justify">Bertrand de Labbey de la Besnardi&egrave;re. L&rsquo;opulence de ses particules est bien la seule qu&rsquo;il ait connue dans son enfance. Car sa famille aristocratique, vite d&eacute;sargent&eacute;e, s&rsquo;est peu &agrave; peu s&eacute;par&eacute;e de l&rsquo;ensemble de ses biens pour parer aux n&eacute;cessit&eacute;s mat&eacute;rielles des quatre ch&eacute;rubins du foyer. Ancien militaire devenu pilote du g&eacute;n&eacute;ral de Lattre de Tassigny, son p&egrave;re s&rsquo;est r&eacute;adapt&eacute; avec difficult&eacute; &agrave; la vie civile. </p><p align="justify">Elev&eacute; &agrave; Vierzon, Ch&acirc;toux, puis Maisons-Alfort, Bertrand a ressenti les sacrifices parentaux. Alors, il s&rsquo;est tr&egrave;s vite promis de ne jamais conna&icirc;tre les soucis financiers d&rsquo;une vie d&rsquo;adulte. De son enfance, il garde l&rsquo;image des distractions qui ont construit son parcours. La lecture. Le cin&eacute;ma &agrave; Vierzon. Robin des bois, avec Errol Flynn, son premier film. Et la musique. Les vari&eacute;t&eacute;s &eacute;cout&eacute;es &agrave; la radio. Les paris pris avec ses fr&egrave;res sur les chansons susceptibles de devenir des tubes. En dehors de cela, on ne peut pas affirmer que la chose artistique ait coul&eacute; dans les biberons nourriciers. Sensibilis&eacute; &agrave; l&rsquo;esth&eacute;tisme musical par une famille maternelle elle-m&ecirc;me musicienne, il a renonc&eacute; &agrave; son apprentissage, faute de don et de moyens. Gagner son ind&eacute;pendance. </p><p align="justify">Rapidement. Vivre &agrave; Paris. Fuir la banlieue. R&ecirc;ves mat&eacute;riels fondateurs d&rsquo;une d&eacute;termination renouvel&eacute;e. Echouant &agrave; HEC, il part, complex&eacute;, pour l&rsquo;Ecole sup&eacute;rieure de commerce de Reims. C&rsquo;est au moment d&rsquo;une r&eacute;ussite au Capes en sciences et techniques &eacute;conomiques que son chemin bifurque. Sauv&eacute; par son audace, remarqu&eacute; pour ses intuitions, le jeune homme pr&eacute;figure d&eacute;j&agrave; son histoire. Pouss&eacute; par deux amies &eacute;tudiantes, il va parler &agrave; Gilbert B&eacute;caud, attabl&eacute; dans un grand restaurant de Reims, o&ugrave; il donne un concert. Celui-ci le garde &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;s, une heure durant, &eacute;coutant patiemment l&rsquo;&eacute;tudiant lui expliquer les raisons de sa perte de vitesse. Ayant laiss&eacute; ses coordonn&eacute;es au chanteur, il deviendra son &eacute;diteur, lorsque celui-ci le rappelle, quelques mois plus tard, en 1965. Les d&eacute;buts d&rsquo;une nouvelle vie, faite de conqu&ecirc;tes et de d&eacute;couvertes. La domestication de l&rsquo;argent et du pouvoir.</p><p align="justify"><strong>Paroles et musiques</strong></p><p align="justify">G&eacute;rant des &eacute;ditions Rideau rouge, il va rapidement imposer ses premiers signes de libert&eacute; au chanteur. Il souhaite &eacute;diter d&rsquo;autres artistes. Parce qu&rsquo;il croit &agrave; la richesse de l&rsquo;&eacute;clectisme. Et parce qu&rsquo;il craint, une fois encore, que l&rsquo;unicit&eacute; puisse cr&eacute;er la d&eacute;pendance. Il conna&icirc;t, pourtant, le risque de jalousie inconsciente que comporte cette diversification. Trop tard. En 1968, Marie-France Bri&egrave;re, r&eacute;alisatrice d&rsquo;&eacute;missions pour Europe 1, qui partage &agrave; l&rsquo;&eacute;poque sa vie, lui fait &eacute;couter La Cavalerie, de Julien Clerc, alors que le disque n&rsquo;est pas encore sorti. Bertrand signe imm&eacute;diatement un contrat avec l&rsquo;artiste. Depuis, leurs chemins ne se sont jamais s&eacute;par&eacute;s. Ses sept ann&eacute;es de collaboration avec Gilbert B&eacute;caud vont s&rsquo;achever dans le drame. Abandonnant ses parts pour un franc symbolique, Bertrand d&eacute;cide de monter sa propre soci&eacute;t&eacute;, Sidonie, qu&rsquo;il vendra par la suite &agrave; EMI. Le chanteur, piqu&eacute; au vif, lui d&eacute;clare une guerre ouverte, durant des ann&eacute;es.</p><p align="justify">Les relations entre les deux hommes demeureront longtemps conflictuelles. Bertrand ne sait pas courber l&rsquo;&eacute;chine. Orgueilleux, rancunier, parfois revanchard, il n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; faire payer &agrave; son ancienne idole le manque de consid&eacute;ration qui l&rsquo;a alors bless&eacute;. Leur r&eacute;conciliation n&rsquo;interviendra que tr&egrave;s tard, lorsque les r&ocirc;les &eacute;tant invers&eacute;s, Bertrand pourra &ecirc;tre celui qui tend la main au chanteur sur la fin. <em>&laquo; Vous voyez, Bertrand, devant les artistes, nous sommes toujours en &eacute;tat de l&eacute;gitime d&eacute;fense. &raquo;</em> Il n&rsquo;a jamais oubli&eacute; cette phrase venimeuse de G&eacute;rard Lebovici. Apr&egrave;s avoir refus&eacute; une premi&egrave;re proposition du fondateur de l&rsquo;agence Artm&eacute;dia, il accepte, en 1975, de cr&eacute;er, dans le domaine musical, la copie de l&rsquo;agence d&eacute;di&eacute;e au cin&eacute;ma, au th&eacute;&acirc;tre et &agrave; la t&eacute;l&eacute;vision. &laquo; Voyez mon agent &raquo; (VMA), dont il d&eacute;tient au d&eacute;part 51 % du capital, est un succ&egrave;s imm&eacute;diat. En trois ans, elle atteint la moiti&eacute; du chiffre d&rsquo;affaires de son &eacute;quivalent cin&eacute;ma. Si bien que G&eacute;rard Lebovici disparu, lorsque Jean-Louis Livi d&eacute;cide &agrave; son tour de se retirer, il appara&icirc;t naturel que Bertrand prenne la place. En 1990, il emprunte 13 millions de francs pour prendre la majorit&eacute; du capital.</p><p align="justify"><strong>Secrets agenc&eacute;s</strong></p><p align="justify">Rien n&rsquo;y fait. Les succ&egrave;s ne l&rsquo;ont pas modifi&eacute;. Sa timidit&eacute; et sa r&eacute;serve naturelles semblent r&eacute;solument &ecirc;tre le double signe d&rsquo;une &eacute;ducation norm&eacute;e et d&rsquo;un complexe d&rsquo;inf&eacute;riorit&eacute; jamais gu&eacute;ri. Avec VMA, il a su op&eacute;rer une diversification pluridisciplinaire, s&rsquo;occupant &agrave; la fois de musique et de cin&eacute;ma. <em>&laquo; Au d&eacute;but des ann&eacute;es 80, une grande com&eacute;dienne fran&ccedil;aise m&rsquo;a demand&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre son agent. Gr&acirc;ce &agrave; elle, j&rsquo;ai gagn&eacute; la confiance en moi qui me manquait. D&egrave;s lors, je suis sorti du contexte uniquement musical pour m&rsquo;occuper &eacute;galement de com&eacute;diens. &raquo;</em> Cette grande com&eacute;dienne qu&rsquo;il ne nomme pas a, un temps, &eacute;t&eacute; l&rsquo;&eacute;lue de son c&oelig;ur. D&eacute;sormais mari&eacute; &agrave; Marcia (ancienne femme de Claude Nougaro) et p&egrave;re de deux enfants, il trouve sa solidit&eacute; aupr&egrave;s de son noyau familial. Car il n&rsquo;est ni l&rsquo;homme des soir&eacute;es parisiennes, ni l&rsquo;&eacute;paule famili&egrave;re des artistes. </p><p align="justify">Son vouvoiement inattendu dans cet univers marque sa volont&eacute; de distance ma&icirc;tris&eacute;e. Son intuition ne semble jamais prendre le pas sur l&rsquo;interpr&eacute;tation raisonn&eacute;e des faits. <em>&laquo; Sa capacit&eacute; d&rsquo;analyse, sa clairvoyance et sa lucidit&eacute; permettent de ne jamais &ecirc;tre embarqu&eacute; dans un faux projet pour flatter votre ego &raquo;</em>, insiste Richard Berry. Certains lui reprochent n&eacute;anmoins sa difficult&eacute; &agrave; exprimer ses convictions ou ses sentiments. D&rsquo;autres, au contraire, soulignent son d&eacute;tachement &agrave; la fois salvateur et garant d&rsquo;un professionnalisme sans faille. <em>&laquo; La familiarit&eacute; avec les artistes n&rsquo;est pas une bonne chose. Ils sont souvent fragilis&eacute;s parce que leur carri&egrave;re ne d&eacute;pend que du d&eacute;sir des autres. Leurs vies peuvent &ecirc;tre fracass&eacute;es. J&rsquo;essaie de conserver des liens strictement professionnels avec eux. Je n&rsquo;ai jamais aim&eacute; les agents &ldquo;nounous&rdquo;. &raquo;</em> Voil&agrave; qui a le m&eacute;rite d&rsquo;&ecirc;tre clair. Bertrand est le ying de Dominique Besnehard, qui va bient&ocirc;t quitter l&rsquo;agence pour la production.</p><p align="justify"><em>&laquo; Sa grande timidit&eacute; le rend difficilement cernable. Il est juste, int&egrave;gre et &eacute;quitable, mais reste myst&eacute;rieux. S&rsquo;il met du temps &agrave; dire les choses ou &agrave; accorder sa confiance, ses mots ou ses sentiments sont profonds et ind&eacute;fectibles &raquo;,</em> souligne celui-ci. Optimiste, mais angoiss&eacute;, Bertrand de Labbey panse ses doutes dans l&rsquo;action. <em>&laquo; J&rsquo;ai besoin d&rsquo;avancer pour ne pas &ecirc;tre rong&eacute;. Mon r&ecirc;ve, c&rsquo;est d&rsquo;&ecirc;tre &ldquo;Ripley&rdquo;. Il a tout ce que je n&rsquo;ai pas et tout ce que je ne me suis jamais permis : l&rsquo;amoralit&eacute; et la libert&eacute;. &raquo;</em></p><p align="justify"><strong><em>Signes :</em></strong><br />&nbsp;<br /><strong>. Mon panth&eacute;on</strong> : Jules Barbey d&rsquo;Aurevilly, Julien Gracq, Patricia Highsmith, Guy de Maupassant, Patrick Modiano, Georges Simenon.<br /><strong>. Ma chronique :</strong> 1953 : La mort de Staline. 1959 : La mort de G&eacute;rard Philipe. 1969 : On a march&eacute; sur la lune.<br /><strong>.Mes lieux :</strong> La Trinit&eacute;, la Sologne.<br /><strong>.Mon &eacute;pitaphe :</strong> &laquo; N&rsquo;aie plus peur &raquo;.<br /><strong>.Mon astre :</strong> Balance, 6 octobre 1938.<br /></p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 17 May 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Axel Duroux, l’Aigle à deux têtes</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Un extra-terrestre dans un monde de brutes. Berc&eacute; par les fantasmes enfantins, il m&ecirc;le la na&iuml;vet&eacute; des songes aux obstinations terriennes, l&rsquo;aventure d&rsquo;une vie de boh&egrave;me &agrave; l&rsquo;ambitieuse d&eacute;termination. Journaliste contr&eacute; par un destin de manager forc&eacute;, le pr&eacute;sident du directoire du groupe RTL cultive un r&ecirc;ve rousseauiste.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un combattant du r&eacute;el briguant la r&eacute;compense d&rsquo;une existence contemplative et immat&eacute;rielle.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1343_DUROUX_AXEL.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1343_DUROUX_AXEL.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />L&rsquo;homme est bic&eacute;phale. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, Orson Welles. De l&rsquo;autre, Michael Douglas. Entre Citizen Kane et A la poursuite du diamant vert, son c&oelig;ur balance. Il r&ecirc;ve d&rsquo;&eacute;pop&eacute;es naturelles et d&rsquo;aventures hors du temps. De libert&eacute;s tueuses de faux-semblants. Mais il pr&eacute;side le symbole du m&eacute;dia occidental traditionnel, engonc&eacute; dans les luttes de pouvoirs &eacute;conomiques et politiques g&eacute;nitrices de carcans. Inconsciemment, il s&rsquo;est impos&eacute; un destin qui n&rsquo;&eacute;tait pas le sien. Il projetait une vie de musique, de journalisme et de M&eacute;diterran&eacute;e.</p><p align="justify">Il est devenu le manager parisien d&rsquo;un groupe en phase de reconversion. Alors, au fil d&rsquo;une vie, sa tentation de Venise s&rsquo;est peu &agrave; peu d&eacute;plac&eacute;e. Du Nord vers le Sud, du journalisme vers l&rsquo;entreprise et du corporel vers l&rsquo;onirique. Sa distance relativiste cr&eacute;&eacute;e par le chevauchement de deux mondes en fait peut-&ecirc;tre l&rsquo;homme providentiel d&rsquo;une station. Aux manettes de RTL depuis un an, il est charg&eacute; de b&acirc;tir le futur technique et programmatique d&rsquo;une radio dilu&eacute;e par la pression concurrentielle. Entre conservatisme et innovation, l&rsquo;homme a choisi de relancer un m&eacute;dia sur la base de ses propres fondamentaux. Respectant l&rsquo;esprit du ton impertinent originel de la station, il est &agrave; l&rsquo;aube du lancement d&rsquo;une douce r&eacute;volution. &laquo; D&rsquo;abord on continue, ensuite on commence. &raquo; L&rsquo;&eacute;volution sans changement, &agrave; travers les racines identitaires de l&rsquo;information et du divertissement.</p><p align="justify">La r&eacute;cente campagne publicitaire de RTL, &laquo; Vivre ensemble &raquo;, mettant en sc&egrave;ne Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, en constitue la m&eacute;taphore. Car elle est inspir&eacute;e des premiers affichages de la station, datant de 1966, sur lesquels une photo du bureau &eacute;lys&eacute;en du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle, &eacute;clair&eacute; de nuit, &eacute;tait l&eacute;gend&eacute;e par l&rsquo;accroche suivante : &laquo; Il est 8 heures. Il &eacute;coute RTL. &raquo; Impertinence, distance, mutation dans les rails des traditions. Axel Duroux ressemble &agrave; sa station.</p><p align="justify"><strong>L&rsquo;esprit teilhardien</strong></p><p align="justify">Fils d&rsquo;un catholique et d&rsquo;une protestante, il n&rsquo;est pas vraiment fid&egrave;le aux lieux de culte. Sa spiritualit&eacute; est celle de l&rsquo;aventure et des grands espaces, du pragmatisme adh&eacute;rant aux &eacute;volutions de l&rsquo;homme, de la science et de la nature. Dans sa vie, un homme a monopolis&eacute; toute la lumi&egrave;re. Son p&egrave;re, son mod&egrave;le, son rep&egrave;re identificateur, disparu trop t&ocirc;t. Grand, charismatique, ap&ocirc;tre de la pens&eacute;e de Pierre Teilhard de Chardin, &agrave; cheval entre la vie sauvage et la vie active.</p><p align="justify">M&eacute;decin-chirurgien &agrave; Lyon devenu maire du Lavandou, il est l&rsquo;incarnation de l&rsquo;ouverture et de la reconversion. Comme lui, Axel a &laquo; le charme de l&rsquo;intelligence et l&rsquo;intelligence du charme &raquo;, indique Francis Balle, ami de longue date et professeur de sciences politiques &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Paris II, Panth&eacute;on-Assas. La puissance paternelle imposait l&rsquo;exigence. Alors, tr&egrave;s vite, Axel a quitt&eacute; la ville lyonnaise de son enfance pour &eacute;couter ce que le monde avait &agrave; lui dire.</p><p align="justify">Une ma&icirc;trise de droit et un dipl&ocirc;me de l&rsquo;Institut fran&ccedil;ais de presse plus tard, le gar&ccedil;on d&eacute;cide d&rsquo;&eacute;pouser le journalisme. Une premi&egrave;re partie de vie qui le marquera au fer rouge. Photographe, reporter, baroudeur, il parcourt la plan&egrave;te pour assouvir une insatiable curiosit&eacute;. Remarqu&eacute; par un clich&eacute; qu&rsquo;il a fait de Wahid Gordji, ses premi&egrave;res armes se font &agrave; l&rsquo;agence Sipa. &laquo; Je me sens profond&eacute;ment journaliste. Pour moi, la vie s&rsquo;apparente &agrave; un grand reportage. &raquo; Varois d&rsquo;adoption, il n&rsquo;a pas oubli&eacute; les flots bleus de ses vacances enfantines, entre le Cap N&egrave;gre et l&rsquo;&icirc;le de Port-Cros. </p><p align="justify">Naturellement, il fait de la marine sa sp&eacute;cialit&eacute; et signe un livre sur La Jeanne, &agrave; bord de laquelle il passera six mois. Mais le c&oelig;ur d&rsquo;un m&eacute;tier trop solitaire ne correspond pas &agrave; un &ecirc;tre qui fonctionne &agrave; l&rsquo;empathie et &agrave; la chaleur humaine. Une &eacute;quipe d&rsquo;Ushua&iuml;a, rencontr&eacute;e en Ethiopie, lui conseille d&rsquo;int&eacute;grer les &eacute;quipes de la Cinq, qui vient de se cr&eacute;er. Pigiste, puis reporter, couvrant notamment la guerre du Golfe, le journaliste est d&eacute;barqu&eacute; lors de la fermeture de la cha&icirc;ne, en 1992. Au m&ecirc;me moment, Axel perd son p&egrave;re. La fin de l&rsquo;aventure. La recherche d&rsquo;une s&eacute;curit&eacute; professionnelle palliant l&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; affective. Il d&eacute;cide d&rsquo;aller vers l&rsquo;entreprise.<br />&nbsp;<br /><strong>Le culte m&eacute;ritocratique</strong></p><p align="justify">Un &ecirc;tre le fascine. Il porte le pr&eacute;nom de son p&egrave;re et celui de son fils. Rencontr&eacute; lors d&rsquo;un reportage, Paul-Emile Victor lui dit un jour : &laquo; Pour vivre &agrave; Bora-Bora, il faut avoir beaucoup v&eacute;cu &raquo;. Depuis, Axel pense ne pouvoir acc&eacute;der au ciel que lorsqu&rsquo;il aura profit&eacute; de tout ce que lui offre la vie. Reste de morale jud&eacute;o-chr&eacute;tienne. Contemplatif, il r&ecirc;ve th&eacute;oriquement d&rsquo;une &icirc;le d&eacute;serte. Mais, au fond, son ciel est bien celui de son enfance, proche du Lavandou.</p><p align="justify">Retrouver ses racines. Encore et toujours. En attendant, il s&rsquo;affranchit un temps de son id&eacute;al incorporel pour cohabiter avec le r&eacute;el. Cela a tendance &agrave; lui r&eacute;ussir. Embauch&eacute; chez IBM, il devient le conseiller du pr&eacute;sident de l&rsquo;&eacute;poque, Claude Andreuzza, apr&egrave;s une formation en management au si&egrave;ge am&eacute;ricain de la soci&eacute;t&eacute;. Quelques ann&eacute;es plus tard, un chasseur de t&ecirc;tes lui propose la direction de la radio M40, transform&eacute;e, sous sa houlette, en RTL 2. Son profil mi-journaliste, mi-gestionnaire lui permet &eacute;galement de r&eacute;ussir la relance de Fun Radio, dont il prend aussi la direction.</p><p align="justify">La radio constitue r&eacute;solument le compromis de ses comp&eacute;tences, regroupant tous ses chemins de traverse. Dans sa famille, la chose artistique a toujours &eacute;t&eacute; au rendez-vous. Son p&egrave;re jouait du piano, du violoncelle et de la scie musicale. Il voulait &ecirc;tre clown. Sa cousine, Victoire de Castellane, a h&eacute;rit&eacute; de la fibre familiale. Depuis son plus jeune &acirc;ge, Axel est amoureux de la musique. De l&rsquo;op&eacute;ra au rock alternatif. L&rsquo;&eacute;clectisme est venu avec le m&eacute;tier, accroissant une app&eacute;tence d&eacute;j&agrave; prononc&eacute;e. &laquo; Je ne pourrais jamais vivre sans musique.</p><p align="justify">Mon plus grand regret r&eacute;side dans le fait de ne pas &ecirc;tre musicien. &raquo; Bien. Une parenth&egrave;se de quatre ans chez Endemol France, dont il devient le vice-pr&eacute;sident, ternira pourtant son enthousiasme. Bien s&ucirc;r, il affirme avoir beaucoup appris de son exp&eacute;rience de d&eacute;veloppeur, au c&oelig;ur de l&rsquo;apog&eacute;e de la t&eacute;l&eacute;-r&eacute;alit&eacute;. Bien s&ucirc;r, il indique le caract&egrave;re positif des le&ccedil;ons que peut donner la vie. Mais l&rsquo;amertume, parfois, ressurgit. &laquo; Endemol a explos&eacute;. L&rsquo;argent y a pris une place pr&eacute;pond&eacute;rante. La v&eacute;ritable nature des gens s&rsquo;est alors r&eacute;v&eacute;l&eacute;e. &raquo; Bref. Son histoire financi&egrave;re avec St&eacute;phane Courbit a pris mauvaise tournure. Un proc&egrave;s est actuellement en cours. Axel Duroux a &eacute;t&eacute; licenci&eacute; en 24 heures. Il ne semble pas pr&egrave;s de l&rsquo;oublier.</p><p align="justify"><strong>La boh&egrave;me apprivois&eacute;e</strong></p><p align="justify">Les coups de la vie ont certainement entretenu sa dualit&eacute;. Ses distances sont prises. Impatient, susceptible dans l&rsquo;instant, maniaque, il aime tout contr&ocirc;ler. Mais ne se satisfait pas d&rsquo;un miroir dont les alouettes ne l&rsquo;ont jamais troubl&eacute;. Sa vie repose sur l&rsquo;&eacute;quilibre d&rsquo;une vie de famille solide. Et sur celui, plus t&eacute;nu, de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de ses activit&eacute;s. Il ne travaille pas pour la gloriole et peut tout abandonner pour rejoindre une terre. Il conna&icirc;t l&rsquo;&eacute;trange paradoxe des racines terriennes.</p><p align="justify">Source de libert&eacute; relative et d&rsquo;emprisonnement dans l&rsquo;unicit&eacute; exclusive. &laquo; Mon id&eacute;al consiste &agrave; m&rsquo;affranchir des faux pouvoirs pour essayer de trouver une place et laisser une trace qui me soit propre. &raquo; Parfait. Pour le moment, seules les 900 personnes de son groupe et les quatre millions d&rsquo;auditeurs matinaux de RTL le pr&eacute;occupent. &laquo; Axel est curieux, contemporain, &eacute;nergique et insatisfait, donc perfectionniste. Il fait preuve d&rsquo;une exceptionnelle transparence et d&rsquo;une v&eacute;ritable honn&ecirc;tet&eacute;. Je le consid&egrave;re comme l&rsquo;un de mes enfants &raquo;, indique g&eacute;n&eacute;reusement Philippe Labro. </p><p align="justify">Le fils spirituel lui rend ind&eacute;niablement cette amiti&eacute; affective. Il sait que les grands mouvements ne sont pas toujours le signe d&rsquo;une grande &eacute;volution. &laquo; Un m&eacute;dia doit avoir du go&ucirc;t, de la saveur &raquo;, lance-t-il, d&eacute;termin&eacute;. Au mois de septembre, il annoncera les modifications de grille de RTL, qui ne sont, selon lui, que la partie apparente de l&rsquo;iceberg. D&eacute;sormais, c&rsquo;est au plan de d&eacute;veloppement num&eacute;rique du groupe qu&rsquo;il s&rsquo;attelle. Le m&eacute;dia radio est d&eacute;mod&eacute;. Axel a d&eacute;cid&eacute; de participer &agrave; une nouvelle fa&ccedil;on de le consommer.</p><p align="justify">Cela passera par l&rsquo;&eacute;mission et l&rsquo;obtention de fr&eacute;quences num&eacute;riques mais aussi par la vente de services associ&eacute;s, transformant la radio en flux interactif. Pour plus tard, il n&rsquo;a rien pr&eacute;vu. Pas de plan de carri&egrave;re. De l&rsquo;exigence d&eacute;nu&eacute;e d&rsquo;ambition opportuniste. Voil&agrave; tout. &laquo; Je cours apr&egrave;s la vie. Ce que j&rsquo;aime dans la vie, c&rsquo;est la vie. Il est difficile de jouir de l&rsquo;instant pr&eacute;sent parce que l&rsquo;on a toujours tendance &agrave; se projeter inutilement. &raquo; R&eacute;solument, l&rsquo;aigle &agrave; deux t&ecirc;tes cherche &agrave; ma&icirc;triser ses r&ecirc;ves. </p><p align="justify"><strong>Signes</strong></p><p align="justify"><strong>. Mon panth&eacute;on<br /></strong>Norman Mailer, Nelson Mandela, Bruce Springsteen, Pierre Teilhard de Chardin, Paul-Emile Victor.<br /><strong>. Ma chronique<br /></strong>. La naissance et la mort du Christ.<br />. La Renaissance.<br />. La Shoah.<br />. Les premiers pas sur la lune.<br /><strong>. Ma situation familiale</strong><br />Mari&eacute;, deux enfants.<br /><strong>. Mes lieux</strong><br />Quelque part entre le Cap N&egrave;gre et l&rsquo;&icirc;le de Port-Cros.<br />Los Angeles.<br /><strong>. Mon &eacute;pitaphe</strong><br />&laquo; J&rsquo;ai eu ma part de libert&eacute;. &raquo;<br /><strong>. Mon astre</strong><br />G&eacute;meaux, 25 Mai 1963.</p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 03 May 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Jacques Vergès, ma rédemption</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>La flambe subversive n&rsquo;a qu&rsquo;un temps. Il a gagn&eacute; sa reconnaissance sur le terrain d&rsquo;une diff&eacute;rence g&eacute;n&eacute;tique. Sa dualit&eacute; est devenue marque de fabrique, &eacute;crasant les grands clients sous le poids des grandes causes et les petits engagements sous celui des proc&egrave;s br&ucirc;lants. R&eacute;solu &agrave; r&eacute;gler le marketing de sa sagesse, l&rsquo;avocat transforme d&eacute;sormais ses choix provocateurs en signes de tol&eacute;rance.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un pr&eacute;sum&eacute; complice du diable, rachetant ses p&eacute;ch&eacute;s sur l&rsquo;autel d&rsquo;une interpr&eacute;tation humaniste revisit&eacute;e.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1342-_VERGES_Jacques.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1342-_VERGES_Jacques.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Il n&rsquo;aime pas les caricatures. Il s&rsquo;attache pourtant &agrave; construire la sienne depuis bien longtemps. Cela le fait rire. D&rsquo;un petit sarcasme asiatique qui donne des frissons de cynisme surjou&eacute;. Le temp&eacute;rament reste la limite de l&rsquo;intelligence. Et Jacques Verg&egrave;s en est la brillante illustration. Car il souffre aujourd&rsquo;hui de ses exc&egrave;s d&rsquo;antan. </p><p align="justify">Tel un &eacute;l&egrave;ve vou&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;chec, il a tout fait pour que personne ne l&rsquo;aime. En jouant le m&eacute;chant, il &eacute;tait assur&eacute; de ne pas se mettre lui-m&ecirc;me en danger. A l&rsquo;entendre, ceux qui n&rsquo;ont pas compris sa personnalit&eacute; r&eacute;elle sont des idiots. Ils n&rsquo;ont pas cherch&eacute; &agrave; le comprendre. Mais en vieillissant, l&rsquo;audace et l&rsquo;inconscience demeurent moins &eacute;panouissantes.</p><p align="justify">Il se r&eacute;fugie donc dans la bont&eacute;. La sienne, celle que devraient adopter le syst&egrave;me judiciaire et la soci&eacute;t&eacute; dans son ensemble. Son nouvel ouvrage, Malheur aux pauvres*, s&rsquo;attache &agrave; d&eacute;crire la d&eacute;mesure d&rsquo;une justice favorable aux puissants, brisant les mis&eacute;rables. Ce combat l&rsquo;anime depuis toujours. Mais comment ose-t-il donner de telles le&ccedil;ons ? Il n&rsquo;a pas su et pas voulu employer les m&eacute;thodes conventionnelles pour se faire entendre. Le r&eacute;sultat est accablant. </p><p align="justify">Non seulement il a noirci son image, mais il a souhait&eacute; redorer celle des hommes qui incarnaient le mal, au titre de l&rsquo;&eacute;quit&eacute;. S&rsquo;autorisant toutes les man&oelig;uvres pour parvenir &agrave; ses fins. Y compris la mauvaise foi ou les complicit&eacute;s douteuses. Le bien et le mal sont des notions qu&rsquo;il refuse toujours. Officiellement, il les trouve inadapt&eacute;es &agrave; l&rsquo;homme.</p><p align="justify">Au fond, c&rsquo;est &agrave; lui qu&rsquo;elles ne correspondent pas, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais su se placer sur ce type de curseur. Il a toujours brouill&eacute; les cartes de son personnage afin d&rsquo;&eacute;tablir une figure m&eacute;diatique duale, m&ecirc;lant l&rsquo;exc&egrave;s de forme d&eacute;monstrative &agrave; l&rsquo;absence de densit&eacute; affective. La nouvelle interpr&eacute;tation de ses choix professionnels s&rsquo;assimile &agrave; la reconnaissance d&rsquo;une forme de doute. Prendrait-il conscience qu&rsquo;il est peut-&ecirc;tre all&eacute; trop loin ?</p><p align="justify"><strong>Tendre est la nuit</strong></p><p align="justify">Rien ne l&rsquo;effraie. Ce n&rsquo;est un secret pour personne. D&egrave;s qu&rsquo;il peut franchir la ligne jaune, il prend son &eacute;lan pour d&eacute;passer les limites de l&rsquo;acceptable. Affichant un plaisir pervers dans ses exactions, il n&rsquo;a jamais livr&eacute; l&rsquo;explication de ses gestes. Ni dans le choix de ses clients, ni dans celui de ses convictions ou de ses amiti&eacute;s, si d&eacute;plac&eacute;es soient-elles. Il faut bien reconna&icirc;tre que, de Pol Pot &agrave; Carlos, de Klaus Barbie &agrave; Georges Ibrahim Abdallah, de Cheyenne Brando &agrave; Slobodan Milosevic, il serait bien complexe de trouver un fil rouge. Hormis celui du sang. &laquo; Chaque dossier de justice est le sommaire d&rsquo;un roman, d&rsquo;une trag&eacute;die qui se d&eacute;roule devant nous. Je suis le spectateur et le co-auteur de cette trag&eacute;die. L&rsquo;accus&eacute; a besoin que l&rsquo;on donne un sens &agrave; son malheur.</p><p align="justify">La soci&eacute;t&eacute; aussi. La saveur de sang et de chair d&rsquo;un proc&egrave;s d&eacute;clenche une s&eacute;rie d&rsquo;orgasmes dont on ne peut plus se passer, une fois que l&rsquo;on y a go&ucirc;t&eacute;. Je suis un serial-plaideur. &raquo; Monsieur ne m&eacute;sestime pas son r&ocirc;le et sa valeur. Le prix de la vie s&rsquo;apparente donc &agrave; une &oelig;uvre litt&eacute;raire. Il s&rsquo;en amuse, dans une derni&egrave;re provocation. Il aime ma&icirc;triser, dominer. S&rsquo;approprier le costume du sauveur c&eacute;r&eacute;bral, lui qui ne se d&eacute;place jamais sans masque d&rsquo;amoralit&eacute;. </p><p align="justify">Il a trouv&eacute; une place de choix. Les journalistes et biographes en s&eacute;rie ont cherch&eacute; l&rsquo;explication d&rsquo;un d&eacute;sir de reconnaissance dans son enfance. Mais cela ne suffit pas. La r&eacute;silience est pass&eacute;e par l&agrave;. Oui, il est n&eacute; en Asie, on ne sait pas bien o&ugrave;, ni quand. Oui, son fr&egrave;re suppos&eacute; jumeau semble avoir un an d&rsquo;&eacute;cart avec lui, parce que leur p&egrave;re ne les aurait d&eacute;clar&eacute;s ensemble qu&rsquo;apr&egrave;s la r&eacute;gularisation de l&rsquo;union parentale. Oui, il a perdu sa m&egrave;re, institutrice annamite, lorsqu&rsquo;il &eacute;tait &acirc;g&eacute; de trois ans. Mais les plaies d&rsquo;une enfance &agrave; cheval entre la Tha&iuml;lande et l&rsquo;&icirc;le de la R&eacute;union ne paraissent pas irr&eacute;versibles. Autant les failles enfantines seraient de nature &agrave; expliquer l&rsquo;engagement anticolonialiste, autant leurs traces ne justifient pas l&rsquo;&eacute;ternel d&eacute;fi que l&rsquo;avocat lance &agrave; l&rsquo;Etat fran&ccedil;ais, &agrave; travers ses choix judiciaires. Car, s&rsquo;il y a bien une fid&eacute;lit&eacute; que personne ne pourra lui retirer, c&rsquo;est celle qu&rsquo;il a &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de son m&eacute;tier. </p><p align="justify">Depuis 1955, date &agrave; laquelle il s&rsquo;est inscrit au barreau, il ne vit que pour cela. &laquo; Je suis un peu rebelle. Je n&rsquo;ai jamais imagin&eacute; d&eacute;pendre d&rsquo;une hi&eacute;rarchie. J&rsquo;ai choisi le m&eacute;tier d&rsquo;avocat parce qu&rsquo;il &eacute;tait rapidement accessible et qu&rsquo;il garantissait la pr&eacute;servation de ma libert&eacute;. Je n&rsquo;avais aucune vocation pour cette activit&eacute; pourtant intrigante.&nbsp; Aucune vocation, peut-&ecirc;tre, mais une fascination pour les accus&eacute;s, bien ant&eacute;rieure &agrave; l&rsquo;exercice de son m&eacute;tier.</p><p align="justify">C&rsquo;est en assistant, en 1951, au proc&egrave;s de Pauline Dubuisson, meurtri&egrave;re et suicid&eacute;e rescap&eacute;e par trois fois, qu&rsquo;il est d&rsquo;abord tent&eacute; par la profession. Jacques Verg&egrave;s a une sensibilit&eacute; qui lui est propre. Le mal qui peut &ecirc;tre fait aux autres, collectivement, le touche moins que l&rsquo;&eacute;tat de d&eacute;sespoir individuel d&rsquo;un condamn&eacute;. Ce qui le bouleverse, c&rsquo;est le taureau pr&ecirc;t &agrave; &ecirc;tre abattu, sortant du toril pour se jeter dans l&rsquo;ar&egrave;ne.</p><p align="justify">Soit parce qu&rsquo;il s&rsquo;identifie &agrave; l&rsquo;animal, soit parce qu&rsquo;il sait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de meilleur moment pour qu&rsquo;il intervienne. &laquo; D&eacute;clarer qu&rsquo;un homme est un monstre, c&rsquo;est refuser de le comprendre. Il faut tenter de comprendre les &ecirc;tres pour ne pas reproduire leur chemin malheureux. Mes clients me posent un probl&egrave;me car ils symbolisent la part de nuit qu&rsquo;il y a dans l&rsquo;homme. Je tire une certaine satisfaction de leur d&eacute;cryptage. &raquo;</p><p align="justify"><strong>Politique judiciaire</strong></p><p align="justify">Dans ces conditions, on peut se demander quelle serait alors sa propre part d&rsquo;ombre. Engag&eacute; dans les forces fran&ccedil;aises libres, anticolonialiste, tiers-mondiste, ancien communiste, il n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; d&eacute;fendre les symboles du n&eacute;ocolonialisme fran&ccedil;ais (Omar Bongo, Etienne Eyad&eacute;ma).</p><p align="justify">Bouchers, assassins, dictateurs et terroristes se regroupent comme par miracle dans son giron, bien qu&rsquo;il affirme ne pas choisir ses clients. Il a trouv&eacute; un terreau de r&eacute;ussite &agrave; scandale et n&rsquo;a jamais cess&eacute; de l&rsquo;exploiter. S&rsquo;il a longtemps eu la r&eacute;putation de ne pas savoir faire la part des choses entre ses engagements politiques et son m&eacute;tier d&rsquo;avocat, tout cela semble avoir bien chang&eacute;. Il d&eacute;fend r&eacute;solument des causes davantage que des clients (parfois, semble-t-il, &agrave; leur d&eacute;triment), mais il serait difficile de faire la liste de ses dossiers en fonction d&rsquo;une unit&eacute; de convictions pr&eacute;tendument d&eacute;fendues.</p><p align="justify">Dans sa vie, il y a l&rsquo;avant et l&rsquo;apr&egrave;s- disparition. Il s&rsquo;est &eacute;vapor&eacute; entre 1970 et 1978. Ces ann&eacute;es de myst&egrave;re sont devenues un outil suppl&eacute;mentaire dans le marketing de son image. Toutes les hypoth&egrave;ses ont &eacute;t&eacute; avanc&eacute;es. Du combat terroriste au soutien des Khmers rouges, en passant par l&rsquo;exil forc&eacute; li&eacute; aux poursuites du clan de Mo&iuml;se Tschomb&eacute;&hellip; </p><p align="justify">L&rsquo;avocat ne r&eacute;pond jamais, se d&eacute;lectant des interrogations qu&rsquo;il suscite. Jusqu&rsquo;&agrave; sa disparition, la cause alg&eacute;rienne aurait pu constituer un ciment. Il a gagn&eacute; sa c&eacute;l&eacute;brit&eacute; en se faisant l&rsquo;avocat du FLN en 1957, allant jusqu&rsquo;&agrave; &eacute;pouser l&rsquo;une des poseuses de bombes qu&rsquo;il d&eacute;fendait. Depuis son retour sur la sc&egrave;ne judiciaire, les engagements politiques semblent &ecirc;tre subordonn&eacute;s &agrave; l&rsquo;opportunisme professionnel. Jusque-l&agrave;, c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;inverse.</p><p align="justify"><strong>Mauvaise foi pr&eacute;sum&eacute;e</strong></p><p align="justify">&laquo; Je suis eurasien. J&rsquo;ai le sentiment de ma singularit&eacute;. Je suis double mais je ne suis pas d&eacute;chir&eacute;. La mis&egrave;re des gens dans les colonies a certainement d&eacute;cupl&eacute; ma sensibilit&eacute; au respect de la dignit&eacute; humaine. Je ne supporte pas l&rsquo;humiliation. &raquo; Les mots changent, pas les id&eacute;es. Sous pr&eacute;texte de ne pas supporter l&rsquo;humiliation individuelle, il d&eacute;fend ceux qui ont propag&eacute; l&rsquo;humiliation collective. &laquo; Il n&rsquo;y a pas de causes et de gens que je refuserais de d&eacute;fendre. Je n&rsquo;ai pas de limites. &raquo; Comble de l&rsquo;audace, il abrite sa logique sous la pens&eacute;e de saint Augustin : &laquo; Dieu est cr&eacute;ateur de tous les &ecirc;tres, y compris les monstres &raquo;. Au-del&agrave; du militantisme, au-del&agrave; des strat&eacute;gies carri&eacute;ristes, c&rsquo;est au regard des reflets du miroir de narcisse que ses choix paraissent s&rsquo;op&eacute;rer.</p><p align="justify">S&rsquo;il refuse d&rsquo;&ecirc;tre per&ccedil;u comme binaire, s&rsquo;il &eacute;carte l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; d&rsquo;un traumatisme li&eacute; &agrave; l&rsquo;absence maternelle et au paradoxe de ses origines, la part de nuit qu&rsquo;il cherche &agrave; comprendre chez ses clients est bien celle qui &eacute;claire ses propres zones d&rsquo;ombre. Celles qui lui &eacute;chappent et qu&rsquo;il ne ma&icirc;trise pas lui-m&ecirc;me. &laquo; Je ne connais pas ma part de nuit. Elle est potentielle. Tous ceux qui me connaissent savent que je suis bon. Les enfants et les animaux m&rsquo;adorent. &raquo; Le Jacques Verg&egrave;s d&rsquo;aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas celui d&rsquo;hier. Il pense d&eacute;sormais &agrave; l&rsquo;empreinte posthume. Il est peut-&ecirc;tre un peu tard pour laisser celle d&rsquo;un homme bon et heureux. Peu importe. Il faut laisser une trace. A tout prix. &laquo; Un beau proc&egrave;s ne se juge pas par les discours qui y ont &eacute;t&eacute; prononc&eacute;s mais par l&rsquo;onde qu&rsquo;il laisse &agrave; travers le temps. &raquo; </p><p align="justify"><strong>Plon. Mars 2006.</strong></p><p align="justify"><strong>Signes</strong></p><p align="justify"><strong>* Mon panth&eacute;on</strong><br />Louis-Ferdinand C&eacute;line, Charles de Gaulle, G&eacute;rard de Nerval, Marcel Proust, Louis de Saint-Just, Rainer-Maria Rilke, Mao Zedong.<br /><strong>* Ma chronique</strong><br />. 18 Juin 1940 : L&rsquo;appel du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle.<br />. 1957 : La bataille d&rsquo;Alger.<br /><strong>* Ma situation familiale</strong><br />Divorc&eacute;, deux enfants.<br /><strong>* Mon &eacute;pitaphe</strong><br />&laquo; Ci-g&icirc;t un vivant. &raquo;<br /><strong>* Mon astre</strong><br />Officiellement : Poissons, 5 mars 1925, naissance en Tha&iuml;lande.<br />Et peut-&ecirc;tre&hellip; : B&eacute;lier, 20 avril 1924, naissance au Laos.</p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 26 Apr 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Gilbert Gross, un père et gagne</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Sa r&eacute;putation le pr&eacute;c&egrave;de. Son aura submerge ou d&eacute;range. Ses amis signent pour la vie. Y compris lorsqu&rsquo;ils ont trahi. <br />Le pouvoir parfois s&rsquo;en va, mais son incarnation demeure. Inventeur d&rsquo;un m&eacute;tier devenu la pierre angulaire du secteur publicitaire, le p&egrave;re fondateur de l&rsquo;achat d&rsquo;espace cultive l&rsquo;immortalit&eacute;.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe.</strong> Portrait d&rsquo;un gagneur professionnel construisant ses succ&egrave;s &agrave; coups de jeux d&eacute;fensifs.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1341_GROSS_Gilbert.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1341_GROSS_Gilbert.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Tchou-tchou. Sa vie avance &agrave; grand train. Les compartiments qui la composent ne se rencontrent jamais. Monsieur locomotive est un roi de l&rsquo;impatience, maniaque de l&rsquo;exactitude, sp&eacute;cialiste des d&eacute;fis et de la segmentation des univers qu&rsquo;il c&ocirc;toie. Les hommes sont ses amis. Les femmes, ses fantasmes. Les jeux, ses divertissements. Les r&eacute;seaux, son savoir-faire. Les avions et les h&eacute;licopt&egrave;res, son r&ecirc;ve paradoxal de puissance et de distance. Depuis qu&rsquo;il a domestiqu&eacute; la mort, sa vie s&rsquo;est transform&eacute;e en vaste parc d&rsquo;attractions. Inconnu du grand public, pestif&eacute;r&eacute; ou idol&acirc;tr&eacute; par ses pairs, il a quitt&eacute; l&rsquo;ombre du pouvoir pour &eacute;pouser la lumi&egrave;re d&rsquo;un costume de diva fabriqu&eacute; sur mesure au fil des ann&eacute;es.</p><p align="justify">Tous disent qu&rsquo;il n&rsquo;est plus de la partie. Tous reconnaissent n&eacute;anmoins son r&ocirc;le fondamental. Car, le m&eacute;tier &ndash; apparemment rudimentaire &ndash; qu&rsquo;il a invent&eacute; est toujours au c&oelig;ur des probl&eacute;matiques d&rsquo;actualit&eacute;. En s&rsquo;arrogeant les strat&eacute;gies m&eacute;dias des annonceurs, il a fait p&eacute;ricliter le mod&egrave;le traditionnel des agences de publicit&eacute;. D&eacute;sormais, le r&egrave;gne de la cr&eacute;ation a &eacute;t&eacute; supplant&eacute; par les supports de communication&hellip; Et les agences de publicit&eacute; se battent de nouveau sur le terrain des agences m&eacute;dias. Brisant sa statue de Commandeur de Carat, le fondateur devenu conseiller de la soci&eacute;t&eacute; qu&rsquo;il a cr&eacute;&eacute;e et vendue revient sur un parcours sem&eacute; d&rsquo;enthousiasmes, de s&eacute;parations et de d&eacute;ceptions&hellip; toujours passionnelles. Loin de la caricature purement affective ou manipulatrice que certains veulent bien dresser, le jouisseur fid&egrave;le et spontan&eacute; a fait de sa vie un cumul d&rsquo;instantan&eacute;s.</p><p align="justify"><strong>La religion des sentiments</strong></p><p align="justify">Chez lui, la religion n&rsquo;a pas droit au chapitre. Il a port&eacute; l&rsquo;&eacute;toile jaune, pass&eacute; la ligne de d&eacute;marcation, compris le miracle du rescap&eacute;, connu la disparition de ses oncles, en camp de concentration, et l&rsquo;espoir dans la mis&egrave;re, &agrave; Pau, avant la Lib&eacute;ration. &laquo; La guerre m&rsquo;a emp&ecirc;ch&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre croyant &raquo;, lance-t-il lapidairement. Depuis, il croit aux faits et parfois aux hommes. Voil&agrave; tout. Quelques amis. Beaucoup d&rsquo;affect. Un tissu gr&eacute;gaire, essentiellement masculin. Une fid&eacute;lit&eacute; &agrave; la vie &agrave; la mort, avec certains. Un rapprochement provisoire, parce que lucide, avec d&rsquo;autres. Une implication ma&ccedil;onnique certaine, mais discr&egrave;te. Si loin, si proche. Il est un m&eacute;lange d&rsquo;h&eacute;ritage et d&rsquo;int&eacute;gration. Petit-fils d&rsquo;immigr&eacute;s russes et fils de commer&ccedil;ants, il a fui les Galeries Barb&egrave;s pour construire son propre chemin. Cousin germain de Marcel Bleustein-Blanchet, il n&rsquo;a pas mis longtemps &agrave; trouver sa voie.<br /><br />A ses d&eacute;buts, rien de palpitant. Une petite agence de publicit&eacute;, rue Lafayette. La course aux annonceurs. Tailleurs, magasins de chaussures. Puis, tr&egrave;s vite, la r&eacute;v&eacute;lation. Travaillant sur la campagne cr&eacute;ative d&rsquo;une marque de caf&eacute;, il rencontre monsieur Cl&eacute;ment, inspecteur g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;agence Havas, qui vend des prestations globales, &agrave; prix cass&eacute;s, &agrave; son client. Intuitif, Gilbert s&rsquo;inspire de sa d&eacute;marche pour proposer un placement m&eacute;dia n&eacute;goci&eacute; aux bi&egrave;res Champignol, dont il vient par ailleurs de perdre le budget cr&eacute;atif. Le d&eacute;but d&rsquo;un m&eacute;tier. Lorsque BSN rach&egrave;te Champignol et Kronenbourg, Gilbert se voit confier l&rsquo;achat m&eacute;dia de l&rsquo;ensemble du groupe Danone. Tr&egrave;s vite, il signe un accord similaire avec Coca-Cola.</p><p align="justify">Les gros clients se suivent et se rassemblent. SPFD, l&rsquo;agence de Gilbert Gross, ach&egrave;te des emplacements publicitaires en gros, garantissant aux m&eacute;dias des clients et des montants pr&eacute;pay&eacute;s annuellement. En 1966, Carat voit le jour (empruntant le nom d&rsquo;une de ses filiales, <em>&laquo; Centrale d&rsquo;achat radio, affichage, t&eacute;l&eacute;vision &raquo;). &laquo; Beaucoup de nouveaux m&eacute;dias se sont lanc&eacute;s et n&rsquo;ont pu survivre que gr&acirc;ce aux engagements que j&rsquo;avais pris vis-&agrave;-vis d&rsquo;eux &raquo;,</em> affirme d&eacute;sormais le fondateur, citant, dans la foul&eacute;e, la phrase de son ami Antoine Bernheim : <em>&laquo; La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible &agrave; l&rsquo;homme &raquo;</em>. Certains semblent l&rsquo;avoir oubli&eacute;.</p><p align="justify"><strong>D&eacute;fense clanique</strong></p><p align="justify">Les hommes, il y croit encore. Il a construit son groupe sur les rencontres et les coups de c&oelig;ur.<em> &laquo; Gilbert a un sens aigu de l&rsquo;amiti&eacute; et de la tol&eacute;rance &raquo;</em>, affirme Michel Cacouault, directeur g&eacute;n&eacute;ral de IP France. Longtemps, tous ceux qui lui plaisaient se trouvaient imm&eacute;diatement associ&eacute;s au capital des filiales de l&rsquo;agence. A eux d&rsquo;apporter de nouveaux clients, tandis que Carat se chargeait de la partie administrative, juridique et fiscale. Quittant l&rsquo;agence B&eacute;lier, Bruno Kemoun et Eryck Rebbouh se sont install&eacute;s &agrave; m&ecirc;me enseigne. Prenant tr&egrave;s rapidement le pas sur les autres associ&eacute;s, le tandem grimpe dans la hi&eacute;rarchie du groupe, jusqu&rsquo;&agrave; la copr&eacute;sidence. Et traverse avec succ&egrave;s la crise de la loi Sapin, dite de <em>&laquo; transparence du march&eacute; publicitaire &raquo;.</em></p><p align="justify">Ensemble, ils parviennent &agrave; transformer une prestation quantitative en service qualitatif, et participent &agrave; la modernisation de l&rsquo;agence, dans un univers de plus en plus guid&eacute; par la technicit&eacute; des strat&eacute;gies de communication. Une histoire professionnelle doubl&eacute;e d&rsquo;une fusion affective du triumvirat, aujourd&rsquo;hui &eacute;clat&eacute;. Peu d&rsquo;explications de part et d&rsquo;autre. Officiellement, les pr&eacute;sidents ne s&rsquo;entendaient pas avec l&rsquo;actionnaire britannique Aegis, entr&eacute; au capital de Carat en 1990. Une proc&eacute;dure, mutuellement intent&eacute;e pour concurrence d&eacute;loyale entre Carat et KR M&eacute;dia, suit son cours. Ferrero, LVMH, Bouygues Telecom et Universal auraient suivi les fils spirituels de Gilbert Gross. &laquo; Bruno et Eryck m&rsquo;ont fait trop de bien pour que j&rsquo;en dise du mal et trop de mal pour que j&rsquo;en dise du bien &raquo;, conclut d&eacute;sormais le fondateur.</p><p align="justify"><strong>Le m&eacute;tier de la vie</strong></p><p align="justify">Il n&rsquo;en est pas &agrave; son premier combat. Apr&egrave;s la fronde des agences de publicit&eacute;, il a connu les difficult&eacute;s juridiques, judiciaires (l&rsquo;affaire de la Fran&ccedil;aise de jeux s&rsquo;est termin&eacute;e par un non-lieu), capitalistiques et g&eacute;n&eacute;rationnelles. S&rsquo;il n&rsquo;est plus actionnaire ou dirigeant op&eacute;rationnel, l&rsquo;homme a conserv&eacute; un contrat de conseiller aupr&egrave;s de Carat, jusqu&rsquo;&agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e. Personne ne sait encore ce qu&rsquo;il a pr&eacute;vu par la suite. Certainement pas une r&eacute;v&eacute;rence professionnelle, car l&rsquo;homme est un gagneur que rien n&rsquo;arr&ecirc;te. Visc&eacute;ralement attach&eacute; &agrave; son agence, il semble pourtant distanci&eacute;, par la force des choses, d&rsquo;un groupe &agrave; dimension internationale. <em>&laquo; Mon seul pouvoir tient au respect de la parole donn&eacute;e &raquo;</em>, indique-t-il calmement. Depuis 1995, il a appris &agrave; diff&eacute;rencier l&rsquo;essentiel de l&rsquo;accessoire.</p><p align="justify">Echappant &agrave; un cancer, &ndash; maladie qui avait d&eacute;j&agrave; emmen&eacute; sa m&egrave;re et son fr&egrave;re &ndash;, c&rsquo;est d&eacute;sormais aux c&ocirc;t&eacute;s de l&rsquo;un de ses proches amis qu&rsquo;il affronte les difficult&eacute;s de ce mal. Alors, ses exc&egrave;s ou ses col&egrave;res sont toujours passagers. <em>&laquo; Le sens de nos deux vies, c&rsquo;est l&rsquo;amour de la vie. Gilbert est un jouisseur de l&rsquo;instant unique en son genre &raquo;,</em> indique le professeur David Khayat, pr&eacute;sident de l&rsquo;Institut national du cancer. Etrangement, la m&eacute;decine a toujours fascin&eacute; le h&eacute;ros des m&eacute;dias :<em> &laquo; Je r&ecirc;vais d&rsquo;&ecirc;tre chirurgien. Mon seul regret est de ne pas avoir exerc&eacute; ce m&eacute;tier &raquo;.</em> Pour le reste, ses challenges restent le moteur de sa quotidiennet&eacute;. Champion du monde de poker en 1988, il joue chaque semaine au bridge, au golf et assouvit sa soif d&rsquo;&eacute;ternel en pilotant avions et h&eacute;licopt&egrave;res d&egrave;s que le temps lui para&icirc;t propre aux vols immortels. </p><p align="justify">&nbsp;</p><p align="justify"><strong>Signes<br /></strong><br /><strong>. Ma chronique</strong><br />1945 : La Lib&eacute;ration.<br />1967 : La naissance de ma fille.<br />2001 : Le choc des civilisations.<br /><strong>. Mes lieux</strong><br />L&rsquo;&icirc;le de Pemba (Tanzanie), La Sardaigne, Meg&egrave;ve.<br /><strong>. Mon signe zodiacal<br /></strong>B&eacute;lier, 3 avril 1931.</p>]]></description>
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         <pubDate>Wed, 19 Apr 2006 05:00:00 +0100</pubDate>
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         <title>Alain Weill, l’onde tranquille</title>
         <description><![CDATA[<p align="justify"><em>Quel d&eacute;sespoir ! Ni pol&eacute;miques, ni critiques, ni sulfureuses rumeurs &agrave; son sujet. Que font les journaux ? Le vieux routier de la radio devenu jeune tycoon des m&eacute;dias ne d&eacute;clenche pas le moindre battement de cils. Sa douce pudeur fait l&rsquo;unanimit&eacute;. Mais sa puissance olympienne masque habilement ses asp&eacute;rit&eacute;s. Attention, esprit cam&eacute;l&eacute;on, vigile ma&icirc;tris&eacute;, vous &ecirc;tes d&eacute;masqu&eacute;.</em></p><p align="justify"><strong>Chaque semaine, Le nouvel Economiste d&eacute;cortique une personnalit&eacute; &agrave; &laquo; L&rsquo;H&ocirc;tel &raquo;, rue des Beaux-Arts, Paris VIe</strong>. Portrait d&rsquo;un coureur de fond cart&eacute;sien combattant ses doutes &agrave; coups d&rsquo;ascensions capitalistiques.<br /><strong>Par Ga&euml;l Tchakaloff</strong></p><p align="justify"><img height="200" alt="1340_WEILL_Alain.jpg" src="http://www.nouveleco.net/portraits/upload/1340_WEILL_Alain.jpg" width="200" style="float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px" />Un tr&egrave;fle &agrave; quatre feuilles dans un champ de paillettes. Il ne parle pas plus fort que les autres, n&rsquo;&eacute;tale pas son carnet d&rsquo;adresses au premier rendez-vous, ne vocif&egrave;re pas un chapelet d&rsquo;injures lorsqu&rsquo;il se sent offens&eacute; et ne verse pas une larme lorsqu&rsquo;il est &eacute;mu. Alors, c&oelig;ur de pierre ? Non, mais c&oelig;ur serr&eacute;. Stress&eacute;. M&eacute;fiant. Prudence et vigilance au collier. A contre-courant du secteur qu&rsquo;il a &eacute;pous&eacute;. Profil bas, comportement passe-partout, il semble tout droit sorti d&rsquo;un bureau d&rsquo;&eacute;tudes financi&egrave;res. Seule sa tenue vestimentaire pourrait parfois le trahir : &laquo; Son unique faille r&eacute;side dans le choix de ses cravates &raquo;, affirme Max Guazzini, ancien co-l&eacute;gionnaire de la FM devenu pr&eacute;sident du stade fran&ccedil;ais. </p><p align="justify">Personne ne sait v&eacute;ritablement qui il est, mais chacun croit le conna&icirc;tre. Voil&agrave; donc Alain Weill, ma&icirc;tre de l&rsquo;int&eacute;riorisation. Et roi de la tranquillit&eacute;. Car son calme reste l&rsquo;une des clefs de vo&ucirc;te d&rsquo;un vertigineux succ&egrave;s.</p><p align="justify">Sa capacit&eacute; d&rsquo;&eacute;coute, son sang-froid et sa douceur naturelle lui permettent d&rsquo;imposer lentement, mais s&ucirc;rement, tout ce qu&rsquo;il veut. En six ans, l&rsquo;ancien bras droit de Jean-Paul Baudecroux a cr&eacute;&eacute; un groupe, Nextradiotv, d&eacute;tenant deux radios et une cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision : RMC, BFM et BFMTV, cette derni&egrave;re, lanc&eacute;e &agrave; l&rsquo;automne dernier sur le r&eacute;seau num&eacute;rique terrestre. Avec pr&egrave;s de 40 millions d&rsquo;euros de chiffre d&rsquo;affaires et plus de 9 millions de r&eacute;sultat op&eacute;rationnel courant, le p&ocirc;le radio semble r&eacute;solument redress&eacute;. Si la t&eacute;l&eacute;vision accuse une perte proche des 3 millions d&rsquo;euros pour son premier exercice, ses recettes publicitaires la placent en t&ecirc;te des nouveaux entrants*, permettant de lancer, d&egrave;s la fin du mois d&rsquo;avril, une version plus muscl&eacute;e de son antenne et de ses contenus. PDG et actionnaire de ce nouvel ensemble (il d&eacute;tient 35 % de Nextradiotv), Alain poursuit la construction d&rsquo;un petit jeu de Lego. Sans rien laisser au fruit du hasard. Ma&icirc;trise. Encore et toujours.</p><p align="justify"><strong>F&eacute;minin pluriel</strong></p><p align="justify">S&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas si pudique, il pourrait &ecirc;tre l&rsquo;ami r&ecirc;v&eacute; des femmes. Il les aime et les comprend, parce qu&rsquo;elles jalonnent son univers. Ses deux s&oelig;urs, ses deux filles, sa femme, et toutes ses amies d&rsquo;enfance. Il a fait ses &eacute;tudes dans un ancien lyc&eacute;e de filles. Dans sa classe de premi&egrave;re, seuls trois gar&ccedil;ons c&ocirc;toyaient les trente filles alentour. Cette marque historique traduit en partie son temp&eacute;rament. L&rsquo;intuition, l&rsquo;habilet&eacute;, la capacit&eacute; &agrave; arrondir les discussions sanguines. &laquo; Je pr&eacute;f&egrave;re les ambiances f&eacute;minines et la complicit&eacute; des femmes aux univers purement masculins. &raquo; Clairement, il n&rsquo;est pas tr&egrave;s bi&egrave;re et matches de foot. Mais plut&ocirc;t tennis, nature et C&ocirc;te d&rsquo;Azur. Son cart&eacute;sianisme apparent masque une &eacute;motivit&eacute; rentr&eacute;e, &agrave; laquelle seuls ses proches acc&egrave;dent. Pourtant, enfant, il pr&eacute;f&eacute;rait les lectures d&rsquo;actualit&eacute; au Lys dans la vall&eacute;e.</p><p align="justify">C&rsquo;est en feuilletant un ouvrage de Maurice Siegel qu&rsquo;il d&eacute;cide de faire sa vie &agrave; Europe 1. Rat&eacute;. Car il n&rsquo;y passera que quelques mois en stage, aupr&egrave;s de Pierre Barret. Celui-ci en fait une t&ecirc;te chercheuse susceptible de r&eacute;fl&eacute;chir aux &eacute;ventuelles diversifications audiovisuelles, au moment du plan c&acirc;ble. La soci&eacute;t&eacute; de communication de demain, il y a d&eacute;j&agrave; pens&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait son sujet d&rsquo;entr&eacute;e &agrave; l&rsquo;Institut sup&eacute;rieur des affaires de Paris. Cela deviendra le creuset de son savoir-faire. En sortant d&rsquo;Europe 1, il cr&eacute;e une soci&eacute;t&eacute; de conseil, WMC, destin&eacute;e &agrave; accompagner les nouveaux entrants dans le paysage audiovisuel moderne. Le cachet de son premier client, Radio Orient, lui permet de s&rsquo;offrir un voyage de &laquo; benchmarking &raquo; aux Etats-Unis. Tr&egrave;s vite, il d&eacute;cide d&rsquo;arr&ecirc;ter son activit&eacute; pour &eacute;pouser le c&oelig;ur de sa passion. En 1985, il &eacute;crit &agrave; Jean-Paul Baudecroux.</p><p align="justify"><strong>M&eacute;diath&eacute;rapie</strong></p><p align="justify">Il avait d&eacute;j&agrave; crois&eacute; celui qui allait devenir son mentor. Mais le ma&icirc;tre ne s&rsquo;en souvenait pas. Forc&eacute;ment, c&rsquo;&eacute;tait &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; Alain Weill d&eacute;fendait tour &agrave; tour la radio du Salon de l&rsquo;enfance puis Radio Cocktail, en 1981. Cela ne s&rsquo;invente pas. Sa rencontre avec le fondateur du groupe NRJ tombe &agrave; point nomm&eacute;. Celui-ci vient de perdre une partie de son r&eacute;seau, d&eacute;voy&eacute; par ses anciens collaborateurs pour monter Fun Radio. Il lui confie sa reconstitution et son d&eacute;veloppement en province. A cette occasion, Alain rencontre sa femme, Isabelle, salari&eacute;e de TSF 100, qu&rsquo;il rach&egrave;te &agrave; Toulouse. L&rsquo;&eacute;poque est &eacute;reintante. S&rsquo;il d&eacute;couvre la transversalit&eacute; de l&rsquo;entreprise, le jeune directeur du r&eacute;seau d&eacute;missionne pourtant, quatre ans plus tard. Epuis&eacute; physiquement et nerveusement. Il sait imm&eacute;diatement qu&rsquo;il se trompe de route. Un temps directeur g&eacute;n&eacute;ral de la cha&icirc;ne de restaurants Oh ! Poivrier, Alain retourne &agrave; ses premi&egrave;res amours en reprenant le d&eacute;veloppement de RTL en FM, puis en assurant la direction g&eacute;n&eacute;rale de Maximum, devenue M 40.</p><p align="justify">Son infid&eacute;lit&eacute; &agrave; sa famille d&rsquo;adoption ne durera que trois ans, puisqu&rsquo;il remplacera la directrice g&eacute;n&eacute;rale accidentellement disparue en avion, d&egrave;s 1992. &laquo; Je me sentais d&eacute;j&agrave; entrepreneur dans le groupe NRJ, car Jean-Paul Baudecroux me laissait une grande autonomie. J&rsquo;&eacute;tais sa courroie de transmission en m&ecirc;me temps qu&rsquo;un d&eacute;veloppeur de projets au sein de l&rsquo;entreprise. &raquo; Entrepreneur certainement, mais peut-&ecirc;tre pas suffisamment &agrave; son go&ucirc;t. En 2000, NRJ se trouve dans l&rsquo;obligation de revendre RMC, qu&rsquo;elle vient d&rsquo;acqu&eacute;rir. Le r&eacute;cent recensement de la population fait appara&icirc;tre un net d&eacute;passement des seuils monopolistiques couverts par les r&eacute;seaux contr&ocirc;l&eacute;s par le groupe. Ne souhaitant pas se s&eacute;parer de Rires et Chansons, Jean-Paul Baudecroux confie &agrave; Alain la mission de trouver rapidement un repreneur. Les vaines tentatives op&eacute;r&eacute;es aupr&egrave;s de RTL et Europe 1 conduisent &agrave; une solution, un temps douloureuse. Ayant convaincu le fonds d&rsquo;investissement Alpha, le manager quitte NRJ au profit de RMC, dans laquelle il investira &eacute;galement personnellement. Le mentor et l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve semblent d&eacute;sormais sereins. &laquo; Alain Weill est un tr&egrave;s bon &eacute;l&egrave;ve et un v&eacute;ritable entrepreneur. Son temp&eacute;rament professionnel est caract&eacute;ris&eacute; par un sang-froid, une ma&icirc;trise et un calme in&eacute;gal&eacute;s &raquo;, conclut le pr&eacute;sident du groupe NRJ. Les feux de l&rsquo;amour br&ucirc;leraient-ils encore ?</p><p align="justify"><strong>Libert&eacute; ch&eacute;rie</strong></p><p align="justify">Sa libert&eacute;, il l&rsquo;a longtemps gard&eacute;e, comme une perle rare. Un temps entre parenth&egrave;ses, lorsqu&rsquo;il &eacute;tait salari&eacute; de luxe, il l&rsquo;a retrouv&eacute;e pour ne plus jamais la quitter. Depuis 2000, Alain est chez lui et fait des radios qui lui ressemblent. &laquo; Je suis un v&eacute;ritable lib&eacute;ral sur le plan &eacute;conomique autant que sur celui des id&eacute;es &raquo;. &laquo; Le plus brillant des hommes des m&eacute;dias &raquo;, n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; affirmer Jacques Abergel, pr&eacute;sident du Comit&eacute; strat&eacute;gique de Newton 21, &agrave; Bruxelles**. Ses ma&icirc;tres mots ? Positionnement et commercialisation. Inspir&eacute;e des radios &laquo; talk &raquo; am&eacute;ricaines, RMC a adopt&eacute; un format segment&eacute; s&rsquo;adressant &agrave; un public rajeuni : moiti&eacute; information et d&eacute;bats, moiti&eacute; sport. En 2003, la station retrouve un premier exercice &eacute;quilibr&eacute; apr&egrave;s 20 ans de pertes. BFM, rachet&eacute;e apr&egrave;s un plan de cession en 2002, a &eacute;t&eacute; recentr&eacute;e sur l&rsquo;&eacute;conomie et la finance. Elle est rentable depuis pr&egrave;s de deux ans.</p><p align="justify">Le groupe Nextradiotv, dont l&rsquo;actionnariat est majoritairement r&eacute;parti entre le public (32 %), Alpha Radio (27 %) et Alain Weill (35 %), concentre d&eacute;sormais son &eacute;nergie sur BFM TV, lanc&eacute;e le 28 novembre dernier. Le pr&eacute;sident de la cha&icirc;ne ne masque ni son enthousiasme, ni sa d&eacute;termination : &laquo; J&rsquo;&eacute;tais s&ucirc;r d&rsquo;obtenir l&rsquo;attribution du canal de T&eacute;l&eacute;vision Num&eacute;rique Terrestre pour BFM TV car nous r&eacute;pondions aux crit&egrave;res rationnels d&rsquo;appel &agrave; candidature. Pour r&eacute;ussir des comp&eacute;titions aussi difficiles, il faut avoir moins de doutes et plus d&rsquo;arguments que les autres &raquo;. Mais son d&eacute;veloppement s&rsquo;op&egrave;re &agrave; petits pas. Le budget annuel de la cha&icirc;ne passera donc progressivement de 15 &agrave; 30 millions d&rsquo;euros, &agrave; mesure qu&rsquo;augmenteront les recett