L'entreprise numérique. La face cachée des révolutions technologiques par Josse Roussel
La loi sur le droit d’auteur sur Internet renforce les éditeurs de logiciels. Toute innovation favorable au contenu numérique ne pourra se faire qu’avec leur accord.
L’Assemblée nationale a finalement adopté le mercredi 17 mars dernier un texte favorisant l’émergence de plates-formes de téléchargement légales et payantes. Durant les débats parlementaires, deux points de vue se sont opposés : un Internet libertaire et festif contre une Toile payante et orientée business. Au-delà de ces deux visions opposées de l’Internet et de la propriété intellectuelle des contenus numérisables (musique, cinéma, textes, images, etc.), la controverse met en lumière la volonté des éditeurs de logiciels, avec Microsoft en tête d’affiche, de contrôler le réseau Internet.
Pour les géants du software, les réglementations imposant un respect strict de la propriété intellectuelle auront pour effet de contraindre les internautes à utiliser les logiciels qu’ils éditent, puisque seuls ces derniers seront techniquement et légalement compatibles avec les mesures techniques de protection (DRM pour Digital Rights Management). Ainsi, l’oligopole des éditeurs de logiciels disposera du renfort de la loi pour contrôler tous les échanges de contenus numériques protégés par le droit d’auteur (musique, texte, vidéo).
Il jouira en conséquence d’une position privilégiée pour avoir la haute main sur le Net. Cette situation est dangereuse pour le développement du Net et la liberté des internautes. Les leaders du soft pourront sans difficulté écarter les solutions proposées par les éditeurs de logiciels libres. Ainsi, des innovations technologiques majeures ne pourront se diffuser, faute d’un accord avec les majors du logiciel. La liberté des internautes s’en trouvera entravée. Ils ne pourront pas accéder à de nouvelles solutions techniques innovantes.
Pis, tous leurs mouvements sur le Net seront systématiquement traqués par des mouchards numériques ultraperformants. Ces derniers permettront de constituer des bases de données aussi précises que gigantesques. Véritables mines d’or marketing, elles n’en constitueront pas moins une réelle menace pour la vie privée. Une éventualité aussi catastrophique qu’inacceptable.