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Le développement durable à la rescousse d’Arcelor

L’industriel organise sa défense autour de trois axes : la bonne gouvernance, le développement durable et la neutralisation de l’attrait financier immédiat de l’offre de Mittal.

Quel est le coût de dépollution des terrains possédés par Mittal en Europe de l’Est ? Quel investissement serait nécessaire pour remettre aux normes européennes une aciérie en Pologne ou pour traiter une crise sociale en Ukraine ? En suggérant aux investisseurs de se poser ce genre de devinettes, les stratèges d’Arcelor veulent faire échec à l’offre d’achat hostile de leur adversaire Mittal. Guy Dollé, le président d’Arcelor, achève ces jours-ci une tournée des grandes maisons de gestion d’actifs. Les hommes de la cellule environnement et développement durable du groupe ont été rudement sollicités pour fournir à leur patron faits et chiffres démontrant les forces d’Arcelor dans ce domaine et, a contrario, les insuffisances supposées de Mittal.

Après l’argument de la gouvernance d’entreprise, celui du développement durable

Dès le début de la bataille, la direction d’Arcelor avait évoqué les défaillances probables d’un groupe comme Mittal Steel, familial et d’origine indienne, vis-à-vis des standards européens de gouvernance d’entreprise. En choisissant le titre Mittal, les investisseurs se retrouveraient, selon Arcelor, propriétaires d’un groupe n’offrant aucune garantie sur les conditions d’exercice du contrôle interne et de respect des intérêts des actionnaires minoritaires. La deuxième phase de l’offensive a consisté à mettre en avant le thème du développement durable. Pour une entreprise, ce concept représente sa capacité à optimiser sa recherche de rentabilité économique et financière avec des objectifs environnementaux et sociétaux. Une société performante en la matière est capable de mesurer ses différents impacts sur le monde qui l’entoure : émissions de gaz à effet de serre, participation au développement économique et social des régions ou des communautés humaines dans lesquelles elle évolue…

De l’impact des risques environnementaux sur la valorisation des titres

Les investisseurs sont longtemps restés insensibles aux thèmes du respect de l’environnement ou de la prise en compte d’une politique de responsabilité sociétale. Mais les analystes et les agences de notation spécialisées dans cette discipline ont adapté leur discours. Aujourd’hui, le développement durable est présenté comme une grille supplémentaire d’analyse des risques qui guettent l’entreprise. Là, les investisseurs dressent l’oreille : on leur parle d’impact potentiel sur la valorisation de leur titre. La cimenterie qui a su tisser des relations avec le milieu associatif réduit son risque d’opposition à l’ouverture d’une nouvelle unité industrielle. La politique de maîtrise des filières d’approvisionnement d’un grand distributeur éloigne la possibilité d’être mis en cause par une ONG internationale pour le recours à des sous-traitants utilisant le travail des enfants.

Dans les grandes firmes de gestion d’actifs, les analystes chargés d’analyser ce type de risques sont peu à peu intégrés dans les équipes de recherche dites « main stream », les analystes financiers traditionnels. Tandis qu’un pôle de recherche « extrafinancière » s’est créé au niveau européen dans le cadre d’une association entre une dizaine de grandes maisons de courtage. Arcelor annonce que 97 % de ses sites sont certifiés Iso 14001. Cela signifie que, dans les unités industrielles concernées, le groupe possède des équipements aux normes les plus récentes et qu’il dispose des moyens de mesurer son impact environnemental. C’est un facteur de maîtrise du risque susceptible de séduire un investisseur. Le passif environnemental cumulé d’Arcelor pourrait représenter 3 % du chiffre d’affaires, estime la société de courtage Cheuvreux, mais pour les plus mauvais acteurs du secteur, ce passif pèserait jusqu’à 10 % des ventes. Les analystes spécialisés mettent également en avant les efforts d’Arcelor en matière d’émission de gaz à effet de serre, en baisse de 19 % depuis 1990 pour le Co2, et la réussite du groupe en matière de réduction des accidents du travail. Les standards sociaux de l’aciériste seraient les plus élevés du secteur et contrasteraient avec la mauvaise visibilité de la performance sociale du groupe néerlandais.

L’attrait financier à court terme de l’offre de Mittal neutralisé

Mittal est conscient de ces enjeux. La page d’accueil de son site Web affiche une main photographiée dans un décor de nature verdoyante avec, en substance, ce message : « Partout où nous sommes présents, nous nous engageons à contribuer à l’épanouissement économique et social du monde qui nous entoure ». A l’intérieur du site, le groupe peine à démontrer un engagement qui s’apparente plus à un ensemble d’actions de mécénat, comme la construction d’églises en Roumanie ou des investissements dans des projets sociaux, qu’à une stratégie intégrée de développement durable. Poussant son avantage dans le domaine du développement durable, Guy Dollé incite les investisseurs à se projeter dans le long terme. Le patron d’Arcelor a entrepris de réduire au maximum l’attrait financier à court terme de l’offre de Mittal. C’est le sens des mesures qui viennent d’être annoncées. Arcelor entend d’abord couper l’herbe sous le pied de Mittal en privant son adversaire de la possibilité de revendre sa filiale canadienne Dofasco. Valorisée 4 milliards d’euros, cette société, récemment rachetée par Arcelor, devait permettre de réduire la facture de l’OPA.

Au terme d’une manœuvre inédite, Dofasco a été logée dans une fondation néerlandaise et se retrouve ainsi en dehors du périmètre capitalistique d’Arcelor. Deuxième axe de la contre-offensive : Arcelor va relever le dividende servi à ses actionnaires de 1,20 à 1,85 euro par action. En même temps, le groupe leur promet un chèque de 5 milliards d’euros, sans doute sous forme de rachat d’actions, si l’OPA échoue. A l’arrivée, ces deux primes exceptionnelles se comparent avantageusement à l’offre en cash de Mittal. De quoi alléger l’esprit des investisseurs des considérations de court terme pour se concentrer sur les arguments environnementaux et sociétaux de long terme que Guy Dollé a mis dans la balance.

Jacques Secondi

Rédigé le jeudi, 13 avril 2006 | TrackBack (0)
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