Technicien et politique, il faudra que Philippe Josse, le nouveau directeur du Budget, sache concilier les deux qualités. Rude tâche que de préparer une loi de finances l’année de la présidentielle.
Administrateur au Parlement peut aussi s’apparenter à une voie royale. Cette forme de promotion au mérite, dont on n’ose dire qu’elle est « à l’ancienne », satisfera les adeptes de l’élitisme républicain. En tout cas, Philippe Josse, tout nouveau directeur du Budget au ministère de l’Economie et des Finances, incarne ce type d’itinéraire.
Il a fait ses classes au Sénat, comme administrateur à la Commission des finances, auprès de figures comme Edouard Bonnefous, Christian Poncelet, Alain Lambert. Il côtoya même Edgar Faure, célèbre président du conseil de la ive République. Autant dire que Philippe Josse, du genre vif et nerveux, est tombé dans le bain politique très tôt. Et visiblement les couloirs du Sénat, à la réputation non surfaite, sont une bonne école. On y pratique le sens de la mesure, mais on y apprend surtout la dureté des rapports de force et la façon de contourner les adversaires.
Philippe Josse, Sciences-Po, droit, commença donc sa carrière avec la casquette d’administrateur parlementaire. Pourquoi alors passer le concours de l’Ena, filière fonctionnaires ? Parce que la Fonction publique ne prévoit aucune passerelle entre les différents corps ! Le « détour » par l’Ena, promotion Victor Schœlcher, du nom du député qui proposa en 1848 l’abolition de l’esclavage, lui permit d’intégrer la direction du Budget. Après une mise en jambes comme secrétaire général des transports d’Ile-de-France, l’expérience du cabinet au ministère de la Cohésion sociale, il est nommé fin 2004 directeur de cabinet de Jean-François Copé, ministre du Budget. A 45 ans, il vient de succéder au très « juppéiste » Pierre-Mathieu Duhamel à la tête des « budgétaires » de Bercy. Qui travaillent dans un format de direction d’état-major, « une maison magnifique de 230 personnes », dit-il.
C’est une nouvelle génération qui arrive au pouvoir. Le cœur de métier consiste à élaborer le projet de loi de finances – 266 milliards de crédits – en toute confiance avec le pouvoir politique. Une rude tâche en période d’élection présidentielle. « Il faut suivre l’exécution budgétaire dans un environnement qui change », ajoute Philippe Josse. Il s’agit de tenir compte d’indicateurs de performance « en cessant de s’obnubiler sur le montant du crédit ».
L’efficacité du service fait maintenant partie des critères. Il s’agit aussi de maîtriser la dépense. « Une œuvre de longue haleine où il faut miser sur les signaux positifs d’un changement de mentalité », assure Philippe Josse. La première conférence des finances publiques, programmée en juin par Dominique de Villepin, servira de test sur ce long chemin.
Jean-Michel Lamy