Redistribuer avant de produire : le premier secrétaire du PS, François Hollande, évalue à 2 % du PIB la charge financière d’un projet qui, comme il y a 25 ans, repose sur le pari de la croissance économique.
Les socialistes auraient-ils inventé la machine à remonter le temps et à rajeunir ? On pourrait le croire, à lire le projet commun mis au point par le bureau national du Parti socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2007. Il y flotte comme un air de 1981. Il y a vingt-cinq ans, les socialistes proclamaient leur intention de « changer la vie ». En 2006, ils veulent « Réussir ensemble le changement ». Il y a un quart de siècle, la gauche unie programmait la nationalisation d’un quart de l’industrie. Aujourd’hui, la rue Solférino veut réintroduire la « pleine propriété publique d’EDF ». A l’aube de la décennie 80, les socialistes et leurs alliés promettaient un Smic revalorisé de 25 %.
Une génération plus tard, les socialistes s’engagent à passer le salaire minimum à 1 500 euros bruts d’ici à la fin de la législature, soit une hausse de 23 % par rapport à son niveau actuel de 1 218 euros… Rien ne manque pour les amateurs désireux de plonger dans la vague rétro rose. Même pas l’invocation d’un « impôt citoyen » ! Ah ça ira, ça ira… Et comme en 1981, monte déjà la querelle sur le coût d’un tel programme.
Paramétrage imprécis
Les experts du parti ont promis de chiffrer l’incidence financière de ces mesures d’ici le début juillet. Pour des observateurs extérieurs, l’exercice est en l’état quasiment impossible à mener tant les inconnues sont nombreuses. « Le paramétrage de la plupart des annonces reste totalement imprécis. Un seul exemple à propos de la garantie de ressources aux jeunes chômeurs : quel sera son montant ? et pour combien de temps ? C’est le flou », constate Denis Ferrand, économiste chez Rexecode.
Pour Benoîte Taffin, déléguée générale de l’association Contribuables associés, la facture sera inévitablement lourde. « Je ne crois pas à une habileté tactique consistant à frapper l’opinion publique par des annonces qui seraient sans lendemain ou édulcorées. Les promesses sont faites pour être tenues. » De fait, les fameuses 110 propositions du programme commun de l’union de la gauche n’ont-elles pas été réalisées à 95 % par François Mitterrand, excepté le passage au quinquennat ?
Suppression des baisses d’impôts
François Hollande, le premier secrétaire et probable candidat à la candidature, a évalué à l’équivalent de 2 % du PIB la charge financière du projet. En indiquant d’où il retirera l’argent : « Pour moitié de la croissance économique, pour l’autre moitié de la suppression des baisses d’impôts et d’économies budgétaires dans la défense (porte-avions). » Vraiment ? Difficile de croire que la fusion de l’impôt sur le revenu progressif avec la contribution sociale généralisée et proportionnelle se fera à pression fiscale constante.
Mais au fait, qu’en pense le père de la CSG, Michel Rocard ? Au moins, la classe moyenne saura-t-elle pourquoi elle verse sa contribution puisque le nouvel impôt a été déclaré « citoyen ». La remise en cause des allégements de cotisations patronales constitue un autre « vrai sujet », très illustratif de la démarche d’ensemble : redistribuer avant de produire. Un sacré pari. En 1983, le projet socialiste s’était fracassé sur le mur du déficit extérieur, la reprise internationale prévue en 1982 n’ayant pas été au rendez-vous. Aujourd’hui, la donne est différente. L’Hexagone n’arrive pas à coller à la croissance mondiale, le mur est budgétaire. Les caisses sont vides et l’endettement public s’est envolé.
Philippe Plassart