La chronique de…Sylvie Pierre-Brossolette
Deux coups à droite, un coup à gauche : comme Nicolas Sarkozy elle a compris, elle aussi, qu’il fallait surprendre à la fois ses amis et ses adversaires.
Défi après défi, Ségolène Royal semble être en passe de réussir son pari : bousculer les vieilles lois du Parti socialiste en lui disant ses quatre vérités. Là où avaient échoué Michel Rocard et la deuxième gauche, puis, au temps de leur « modernité », Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, en butte au tropisme idéologique – réel ou supposé – des militants, la présidente de la Région Poitou-Charentes perce le mur archaïque de la langue de béton façon programme commun.
Derrière, elle trouve des électeurs conquis par tant de fraicheur et d’audace, prêts à lui pardonner maladresses ou dérapages par rapport aux sacro-saintes lois du PS, ces « valeurs » et autres tabous à ranger au magasin de l’Histoire. Avec elle, ça marche. Ses concurrents en deviennent verts, ne parvenant pas à comprendre pourquoi on pourrait soudain se passer d’être rouge dans un parti qui a eu déjà du mal à s’accepter rose. La blanche madone des sondages n’a pas fini de les faire se porter pâle. Elle n’a aucune intention de se laisser ligoter par le projet socialiste, adopté dans la douleur le 6 juin. Elle continuera à décliner ses idées originales, que cela plaise ou non aux caciques de la rue de Solférino.
Certes, elle admettra que le texte s’impose à tous. Mais à chacun sa manière d’interpréter la partition commune. La petite musique de « Ségo » a une tonalité particulière, mélange de douceur et de coups de cymbale, qui lui confère une originalité qu’elle n’abandonnera pas. Ça passe ou ça casse.
Certes, il pourra y avoir des rectifications de tir, de temps à autre. Mais l’essence du « ségolisme » se maintiendra dans ses propos futurs. Deux coups à droite, un coup à gauche : l’exacte réplique de Nicolas Sarkozy qui a compris, lui aussi, qu’il fallait savoir surprendre à la fois ses amis et ses adversaires. Les deux présidentiables préférés des Français, à un an avant l’échéance, se trouvent être – hasard ou nécessité ? – les plus « réacs » de leur camp.
Leurs ennemis des deux bords se disent qu’il y a maldonne, que la France n’a jamais fonctionné comme cela, que les électeurs se réveilleront avec leur classique tropisme centro-progressiste à l’approche du scrutin. Et si le « cher et vieux pays » avait changé ?