Surnommée ainsi par Yves Messarovitch, conseiller chez Image 7, Anne Méaux suscite dans les milieux médiatico-politiques bruits et agitations. Depuis qu’elle s’occupe de Mittal, elle figure au rang des consultants internationaux. Récit d’une entremetteuse.
La vie selon VGE
D’un milieu social « middle class + » – père médecin et mère professeur de latin grec –, cette Bretonne de Vannes suit le parcours obligé de l’establishment français : Sciences-Po, panaché d’études de droit. Cette lauréate du concours de formation latine possède a priori un bagage plus littéraire que l’alphabet des affaires. En 1974, elle bûche ses polycopiés de la rue Saint-Guillaume quand la campagne de Valéry Giscard d’Estaing bat son plein. Ce quadra, qui incarne à l’époque un tonique libéralisme politique, souhaite constituer autour de lui un petit cercle de jeunes gens capables d’accompagner sa campagne. A 21 ans, Anne Méaux entame donc sa première vie dans un bureau à l’Elysée. « A l’époque, j’avais une vision noire ou blanche de la politique », confie-t-elle, sur la terrasse accolée à son vaste bureau de la rue Copernic. En 1981, la défaite ne met pas VGE définitivement à terre. Il demande à la jeune femme : « Voulez-vous rester avec moi ? » Elle s’occupera alors du groupe parlementaire de l’UDF (que présidait alors Jean-Claude Gaudin), puis de la « bande à Léo », ces fringants outsiders qui voulaient faire de la politique autrement. Avec le résultat que l’on connaît. Elle rencontre Alain Madelin, pur et dur chantre du libéralisme, pour lequel elle travaille « par affinités idéologiques ». Lors des présidentielles de 1988, elle doit faire un choix crucial : « quémander une circonscription » ou passer à autre chose. « La politique vous oblige à trois vies : professionnelle, personnelle et puis sa circonscription et c’était trop pour moi », résume-t-elle, pour expliquer le terme de sa carrière dans les coulisses des palais de la République. Elle y gardera des convictions libérales, des amitiés liées à ce courant de pensée : Madelin, Millon, Novelli…
La vie d’entrepreneuse
Née un 7 juillet, Anne Méaux crée sa société en septembre 1988. « J’ai passé deux ans au ministère de l’Industrie à vanter les mérites de l’entreprise : Gérard Longuet m’a dit que j’étais faite pour fonder ma boîte. » Dont acte. Riche d’un carnet d’adresses épais comme le bottin, jugeant que « la fin des années 80 marquait un tournant dans la communication », Image 7 naît. Le 7, son chiffre fétiche, est obsessionnel, puisque l’adresse de son entreprise est le 7, rue Copernic… « Je sais gérer les jeux stratégiques, juger les hommes, manager les crises », constate-t-elle pour expliquer que son métier ne se résume pas « à de simples RP ». 52 salariés, dont 35 consultants, composent cette PME aux multiples pouvoirs d’influence. L’un de ses premiers clients sera François Pinault. Un adoubement de poids de la part d’un des grands capitalistes français. En 2006, l’entreprise compte 80 clients à l’année et quelques dizaines de ponctuels. « Les récurrents couvrent les frais. Les autres ne sont donc que pour le bonus », poursuit-elle pour justifier l’envergure de sa société. Chaque lundi, les consultants se réunissent et discutent de tous les dossiers. Les compétences et les réseaux de chacun s’épaulent. Le jeudi matin, le comité de direction se réunit. Celle que l’on qualifie aisément de faiseuse de rois dément ce rôle. Avec un peu trop d’humilité, elle note « qu’un bon projet avec une mauvaise com’ peut échouer mais qu’un mauvais projet avec une bonne com’ ne peut aboutir ». Chaque client se voit attribuer deux consultants : un senior et un junior. Aux carrefours des pouvoirs, des journalistes aux hommes d’affaires, Anne Méaux doit beaucoup aux avocats et banquiers d’affaires. De Jean-Michel Darrois à Goldman Sachs (qui lui a amené Mittal), de Lazard au Cabinet Prat et Bredin, elle cultive d’excellents rapports avec les hommes de finances et de droit. Résultat, Image 7 est incontournable, malgré ses dénégations, et chaque bataille industrielle voit son nom apparaître face à Euro RSCG, Michel Calzaroni ou Publicis. Quant à la presse, elle avoue « qu’on ne lui ment pas, mais qu’on ne lui dit pas tout ». Péché avoué…
Benoît Delmas