Vente aux enchères
La vente des milliers de livres rares de la collection du libraire Pierre Berès consacre la maison de ventes créée il y a 4 ans par Pierre Bergé. Frédérique Chambre, l’un des associés, tient le marteau.
La dispersion des livres collectionnés depuis près de 80 ans par le bibliophile mondialement le plus réputé – Pierre Berès – se fera les 19 et 20 juin sous son marteau à Drouot. A 42 ans, Frédérique Chambre ne boude pas son plaisir : cela fera 5 ventes de livres aussi rares que le manuscrit du journal de Stendhal, les épreuves du Lys dans la vallée corrigées par Balzac, ou une note de Cézanne, un manuscrit d’Apollinaire… Il apporte ainsi à la maison de Pierre Bergé, dont il est un des associés, un superbe morceau de choix. « Question de feeling et de confiance, Pierre Berès ne nous a même pas mis en concurrence pour les cinq ventes du stock de sa librairie et sa collection personnelle.
Nous lui avons organisé une exposition au Groslier Club de New York et présenté les œuvres d’Henri Beyle à Grenoble afin de mobiliser d’éventuels mécènes privés pour la ville. Les deux premières ventes ont fait 6,5 et 4,5 millions d’euros. » Mais celle de juin « rend fous les stendhaliens » selon le titre du Monde du 10 juin. Historique, cette vente va sans doute susciter des préemptions de l’Etat. Frustration pour quelques bibliophiles passionnés qui auraient bien surenchéri. « On ne connaît pas les lots qui feront l’objet d’une telle mesure, ce qui est sain. En revanche, l’exigence d’un passeport pour l’exportation qui représente des mois de formalités est très dissuasive. L’administration se donne alors le temps pour trouver les fonds et faire jouer ensuite la préemption ! », s’indigne ce commissaire-priseur qui est, certes, partisan du système d’avance aux bons vendeurs mais récuse toute possibilité de leur faire une garantie sur le prix de leur cession. « Ce système américain dont certains concurrents font aujourd’hui la promotion nous transformerait en vendeur de boutique. Pas question de devenir ainsi juge et partie.
Préservons notre rôle d’intermédiaire », explique ce fils d’un grand marchand qui a commencé par les ventes judiciaires chez Christian de Quay, avant de travailler avec maître Francis Briest, puis s’associer avec Calmels et Cohen. 2002, il rejoint le projet de maison de ventes de Pierre Bergé. « Les débuts furent certes chaotiques, les équipes se sont recomposées, mais aujourd’hui, avec 14 salariés, nous sommes la cinquième maison de vente d’art en France, grâce à 36 millions de chiffre d’affaires. Surtout, depuis 2004, nous sommes rentables. Nous sommes les leaders pour les ventes de livres et bien placés sur le marché des bijoux. » A L’époque, le créateur de la maison Yves Saint Laurent a une ambition bien plus vaste : faire de Drouot une grande maison de ventes avec de grandes dispersions à New York et Genève. « C’est dommage, mais le foisonnement des “egos” des commissaires-priseurs l’a empêché. »
Ce qui le pousse aujourd’hui à jouer une autre carte : devenir une alternative aux deux géants anglo-saxons, Christie’s et Sotheby’s, en développant sa propre maison avec l’acquisition de la plus belle salle de ventes belge – l’ancien hôtel des princes de Masmines et les 4 000 mètres carrés de la société Servart Beaux-Arts à Bruxelles. « Je vais d’ailleurs m’y installer à la rentrée afin de développer nos deux points forts, les bijoux et les livres. Nous allons également y organiser de nombreux salons, design, antiquités. La Belgique est devenue un grand marché pour l’art moderne et les arts premiers, alors que les grands comme Christie’s et Sotheby’s n’y sont pas présents. »
Patrick Arnoux